A la tienne Étienne !

Quelle température mes amis !

Ce mois de décembre 1894 avait pourtant à peine commencé mais on était mieux dedans que dehors et, si possible avec une bonne bouteille, en bonne compagnie et… dans une auberge.

Ce 5 décembre, donc, mon ancêtre Étienne Dury, malgré ses 64 ans, avait quitté la ferme de la Bourdonnière avec son fils Jules pour rejoindre, en début de soirée, deux autres amateurs de bonne compagnie et de bonne bouteille. Direction l’auberge de Pierre Degueurce à la Clayette.

On parle, on boit un peu. On parle encore… Voilà qu’il est plus de minuit quand on décide de se mettre à jouer aux cartes.

— Tu as bien fermé ta porte, hein Pierre ?
— Oui, oui. Commencez, je vous apporte un panier de bouteilles !

Tout ça, c’est bien beau. Mais vous ne connaissez pas les gendarmes de la Clayette. Des durs… A minuit et dix minutes, précisément, foi de maréchal des logis, deux gendarmes qui rentraient de patrouille, passant devant l’auberge, aperçoivent (par le trou de la serrure je suppose) l’aubergiste qui apportait le panier de bouteilles (en tenant une lampe à la main, erreur mon cher Degueurce ! on vous voit !)

Toc toc !

Tiens, tiens… dans cette petite pièce bien chauffée, subséquemment, que trouvons-nous là ? quatre individus assis près d’une table et qui allaient se mettre à jouer aux cartes, car il y avait déjà un tapis sur ladite table, n’est-ce pas chef ?

— Nom, prénom, date de naissance, messieurs, s’il vous plait.

Étienne, fermier à Curbigny ne connaît plus sa date de naissance (je ne sais pas si c’est dû à la bouteille). Son fils Jules, lui ça va il a encore les idées claires comme les deux autres, un propriétaire de Curbigny et un maçon de Varennes sous Dun.

— Sieur Degueurce vous êtes en contravention avec (oui, bon passons…, il sait que les lieux publics doivent être fermés à 11 heures du soir, même à la Clayette qui, d’ailleurs, bénéficie d’une autorisation spéciale du préfet)

Un mois plus tard, le juge de paix de la Clayette les condamne tous à un franc d’amende.

Le 5 février 1896… nouvelle visite du maréchal des logis à minuit et demi. Du bruit et de la lumière dans une arrière salle chez l’aubergiste Degueurce ? Assurons-nous qu’il s’agit bien de consommateurs, mais discrètement en faisant le tour par la promenade le long du lac. Oui, oui, effectivement, il y a là au moins huit joueurs de carte (le gendarme ne donnera pas leur identité). Re-toc toc… Degueurce qui croyait que c’était encore de bons clients se précipite mais referme vivement son rideau à la vue des pandores, prétextant qu’il va s’habiller. Branle bas de combat (à l’intérieur mais aussi à l’extérieur où le maréchal des logis se précipite de nouveau sur la promenade pour voir.)

Quel malin cet aubergiste, il était en train de cacher ses clients et de faire disparaître les bouteilles et les verres.

Dix minutes plus tard (il avait mis longtemps à retrouver son caleçon sans doute), il allait tranquillement ouvrir sa porte.

— Quelle alarme, gendarme, que se passe-t-il ? (avec des bâillements sans doute pour faire plus vrai)
— Je dresse procès verbal pour…
— Ah ben ce serait malheureux car il n’y a personne en contravention ici.

Faut peut-être pas pousser trop loin…
A cette occasion, dans le procès-verbal en question, on en apprend une bonne, concernant la famille Dury (mais par respect pour leur mémoire, je ne la révèlerais qu’en messagerie privée…)

Deux ans plus tard, on est le 31 octobre 1898, c’est à Curbigny que les gendarmes opèrent en revenant de Baubery. Minuit et quart et de la lumière chez l’aubergiste Pompanon ? Eh bien ! encore du beau monde ici :

Jean Étienne, l’aîné des petits-enfants d’Étienne se trouve là avec six autres compères qui buvaient du vin blanc.

Parmi ces contrevenants, il y avait un terrassier de Chauffailles qui terrassait habituellement sur la ligne de chemin de fer en cours de réalisation dans le bourg de Curbigny et qui jugera prudent de disparaître avant le jugement (*).

fermeture tardive
A défaut de photo de l’auberge de Curbigny… deux descendants d’Étienne

 

(*) Un autre contrevenant, un jeune homme de vingt ans, « disparaîtra » aussi plus tard : soldat au 79e régiment d’infanterie, il décèdera à l’hôpital de Dunkerque le 25 janvier 1915 de fièvre typhoïde…

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Ben mon collomb…

 

Il y a cent ans, pendant la première guerre mondiale, démissionner devant les difficultés à venir, bien connues de tous(*), s’appelait « abandon de poste devant l’ennemi » et entraînait la peine de mort.

Marcel DURY, de Varennes sous Dun, caporal au 174e Régiment d’Infanterie, se trouvait depuis début mars 1915 en Champagne.

1914Marcel2

document Sébastien Langlois

Le 3 avril 1915, au petit matin et sous la pluie, il assiste avec toute la Brigade à quatre exécutions capitales, à Saint Amand sur Fion, « une parade d’exécution militaire », comme le précise le Journal du 170e Régiment… Parmi les exécutés figure Lucien Eugène Mervelay, 29 ans, soldat dans le même Régiment et le même Bataillon que Marcel. Un gars du Nord, tatouages aux bras et aux jambes, déjà passé par les 3 ans de service militaire.

Le 12 mars 1915, le 174e avait attaqué vainement pendant deux heures dans le secteur de Mesnil les Hurlus : l’assaut était « salué par un feu violent de mitrailleuses » et faisait 46 tués, 89 blessés, 158 disparus.

Le lendemain,  à 10h une nouvelle attaque était lancée, « elle est immédiatement arrêtée par les Allemands qui ouvrent une très vive fusillade et un feu violent de mitrailleuses. Cette attaque n’étant soutenue ni à droite ni à gauche, échoue. » L’après-midi, une nouvelle offensive est demandée par le général de Division mais l’ordre arrive trop tard.

Le soir, le 174e attendait dans un boyau l’ordre de repartir à l’assaut. Les versions diffèrent ensuite. Son lieutenant indiquera que le soldat Mervelay a été touché dès l’assaut. D’après Mervelay, on l’a envoyé chercher des fusées au poste de commandement sous une fusillade intense. Au bout d’une centaine de mètres, il reçoit une balle dans la main, son fusil a été brisé.

En réalité, il le reconnaîtra plus tard, il s’est blessé volontairement en se tirant dans la main avec son fusil. « Quand j’ai fait cela, confesse-t-il devant le Conseil de Guerre, j’étais comme fou, je ne savais plus ce que je faisais. »

Lors de cet assaut, son Bataillon qui était en première ligne perd 21 tués, 93 blessés, 7 disparus.

Le 1er avril suivant, le Conseil de guerre le condamne à mort à l’unanimité. Trois jours plus tard, à 7h45, devant près de 6000 soldats de la Brigade rassemblés en armes, un piquet d’infanterie fait feu sur le condamné…

fusillés

Monument à la mémoire des caporaux de Souain fusillés pour l’exemple le 17 mars 1915

Les trois compagnons d’infortune de Mervelay, coupables du même crime par blessure volontaire :

  • Charles Auguste Joseph CAILLERETZ  né le 11/05/1890 à Berles (62) Soldat 1ère classe au 8ème R.I.– désertion le 7 mars 1915 Mesnil les Hurlus
  • Louis Joseph GRARD  né le 26/03/1893 à Provin (59) Soldat au 127ème R.I. – désertion le 2 mars 1915 Mesnil les Hurlus
  • Marcel Théobald POLLET  né le 06/06/1891 à Lille (59) Soldat au 72ème R.I. – désertion le 24 février 1915 Mesnil les Hurlus

« Je regarde ces morts. Je pense au motif de leur exécution. J’évoque l’enfer des Hurlus. Mais quelle leçon pour les spectateurs terrifiés. C’est l’excuse de cette lente et sinistre cérémonie à laquelle on a eu tort de faire assister notre drapeau. Comme ils sont pâles ces colonels, ces officiers, ces soldats qui regagnent Saint-Amand sous la pluie fine. Et comme ils sont silencieux… »

Maurice Bedel – Journal de guerre 1914-1918 – Tallandier octobre 2013.

 

 

(*) «Parce que oui aujourd’hui, c’est plutôt la loi du plus fort qui s’impose, des narcotrafiquants, des islamistes radicaux, qui a pris la place de la République (…), Parce que, aujourd’hui, on vit côte à côte et je le dis toujours, moi, je crains que demain, on vive face à face. Et donc, nous sommes en face de problèmes immenses. » Ministre de l’Intérieur démissionnaire, 3 octobre 2018

Un Zouave

Fin septembre 1915, sur vingt-cinq kilomètres de front entre Aubérive et la Main de Massiges, la nouvelle offensive en Champagne voulue par Joffre (*) mobilise la IIème et la IVème Armée, des milliers d’hommes.

St Hilaire carte détail

Dans le secteur de Saint Hilaire le Grand se trouvait Claude Marie Auguste DURY, jeune homme de 20 ans, originaire de Varennes sous Dun, soldat du 2ème régiment de Zouaves qu’il avait rejoint le 19 décembre 1914.

La mission de la 37e Division dont faisait partie son régiment :

« Se porter d’un seul élan jusqu’aux hauteurs sud de la Py, mamelon 171 et croupe s’étendant de la cote 171 vers l’ouest. Une fois cette position atteinte, s’y organiser et s’y maintenir à tout prix. » – extrait de l’ordre donné le 21 septembre par le Général de Bonneval depuis son Quartier Général.

1915St Hilaire le grand carte

Le lieutenant colonel Louis donne immédiatement ses instructions au régiment de Zouaves, dont ceci :

« On tiendra la main à ce que personne d’autre que les nettoyeurs de tranchées ne s’arrête au passage des lignes allemandes. Le devoir de chacun est d’aller de l’avant tant qu’il peut. Il sera rappelé en particulier à cette occasion que ramasser les blessés est l’affaire des brancardiers et que tout homme du rang qui quitte sa place sous prétexte d’aller soigner un blessé commet un abandon de poste et est passible du conseil de guerre. » (**)

Le 25, au petit jour, une pluie fine embrume le paysage. A 9h 15, les premières vagues bondissent des parapets. Soudain, à l’orée d’un bois, la charge se disloque sur des réseaux de fils de fer que l’artillerie n’a pas détruits (***).

1915St Hilaire fil de fer

site

L’ennemi n’était pas détruit non plus, il attendait. Un tir effroyable de fusils et de mitrailleuses se déchaîne. Le sol est jonché de cadavres, dont celui du colonel Louis. La première ligne ennemie puis la deuxième sont quand même franchies et « nettoyées » mais il faut revenir en arrière car une partie de la deuxième ligne est encore occupée par l’ennemi qui menace de prendre les troupes à revers.

La nuit est tombée. De tous côtés, ce ne sont que cris et appels des blessés. Sous la pluie, dans la boue remuée par les obus, il faut six heures à une équipe de brancardiers pour évacuer un blessé, les ambulances sont bloquées à cinq kilomètres du champ de bataille. Des prisonniers allemands sont réquisitionnés pour porter les blessés.

Le Journal du 2ème Régiment de marche qui appuyait l’assaut du 2ème Zouaves résume cette opération ainsi :

« Le régiment a eu une conduite héroïque : cadres et hommes se sont élancés bravement à l’assaut des formidables retranchements ennemis. Malgré un réseau de fil de fer non abattu dans beaucoup d’endroits, malgré un bombardement ennemi et une fusillade intenses, les premières vagues d’assaut ont franchi les premières lignes ennemies en moins de 10 minutes. Les sacrifices ont été grands, il est vrai, mais les résultats ont été atteints : les tranchées ont été prises par un assaut irrésistible, l’ennemi a dû abandonner précipitamment ses lignes et abris, laissant de nombreux morts et quantité de prisonniers. »

dit plus crûment

  • 150 tués (au même endroit, la caporal Charmasson et le caporal Kacim El Haïd)
  • 700 blessés
  • et 900 disparus !

Trois jours après ce résultat catastrophique, le général de Castelnau et le général de Langle  envoient du Grand Quartier Général « l’expression de leur haute satisfaction au sujet des résultats obtenus (…) et de leur gratitude pour la magnifique abnégation (…) pendant ces dures journées de lutte. » (in Journal du 3ème Régiment de marche qui participait également à l’opération). Le général qui transmet aux soldats ces bons points y ajoute « l’assurance d’une fraternelle affection. »

Pertes de la 37e Division entre le 25/9 et le 2/10 : 6390 tués, blessés ou disparus…

 

D’après sa fiche militaire, le soldat Auguste Dury est mort le 2 octobre 1915 à Saint Hilaire le Grand.

1915Saint Hilaire le Grand

En réalité, d’après le courrier d’un soldat de son régiment, il a été ramassé blessé le 25 septembre mais il est mort ensuite et a été enterré au cimetière de Suippes.

Malheureusement, on a récupéré sur le soldat blessé, outre des lettres de sa famille, sa plaque d’identification… Il n’a donc pas de tombe individuelle. Son corps se trouve sans doute dans la nécropole nationale de  Jonchery-Suippes

Suippes Jonchery3

Ici se trouvent près de 8000 corps exhumés des cimetières de Bouy, Bussy le Château, Cuperly, Jonchery, Mesnil, Perthes, Sainte Marie à Py, Sommepy, Souain, Suippes, Tahure…

_____________________________________________________________________________________

(*) Je ne sais pas si le responsable du 2eme Zouaves a motivé ses troupes « avec intelligence et conviction »  comme le demandait la note de Joffre :
« L’élan des troupes et leur esprit de sacrifice constituent l’élément principal du succès des attaques. (…) Il est essentiel que les officiers de tous grades éclairent des maintenant leurs inférieurs sur les conditions favorables dans lesquelles se produira la prochaine offensive des forces françaises. (suit le détail de ces conditions favorables)
« Il s’agira pour toutes les troupes qui attaqueront, non pas seulement d’enlever les premières tranchées ennemies, mais de pousser sans trêve, de jour comme de nuit, au delà des positions de 2e et 3e lignes, jusqu’au terrain libre. (…) La simultanéité des attaques, leur puissance, leur étendue empêcheront l’ennemi d’accumuler ses réserves d’infanterie et d’artillerie sur un point comme il pût le faire au nord d’Arras. Elles sont un gage certain de succès. La communication de ces renseignements aux troupes ne manqueront pas (sic) d’élever leur moral à la hauteur des sacrifices qui leur seront demandés. Il est donc indispensable qu’elle soit faite avec intelligence et conviction »
Au moins leur a-t-il lu le vibrant appel du Généralissime :
« Soldats de la République : Après des mois d’attente qui nous ont permis d’augmenter nos forces et nos ressources, tandis que l’adversaire usait les siennes, l’heure est venue d’attaquer pour vaincre et pour ajouter de nouvelles pages de gloire à celles de la Marne et des Flandres, des Vosges et d’Arras.
Derrière l’ouragan de fer et de feu déchaîné, grâce au labeur des usines de France où vos frères ont, nuit et jour, travaillé pour nous, vous irez à l’assaut tous ensemble, sur tout le front, en étroite union avec les Armées de nos alliés.
Votre élan sera irrésistible.
Il vous portera d’un premier effort jusqu’aux batteries de l’adversaire et au delà des lignes fortifiées qu’il vous oppose. Vous ne lui laisserez ni trêve si repos jusqu’à l’achèvement de la victoire. Allez-y de plein cœur pour la délivrance du sol de la Patrie, pour le triomphe du Droit et de la Liberté. »
(**)

blessés oubliés

(***) La surprise des troupes envoyées à l’assaut n’en est pas une pour le commandement qui connaissait la situation depuis deux jours. Le Journal de la 37e Division indique,
  • le 23/9 à 18h : « Résultats approximatifs du tir d’artillerie. Destruction de réseaux peu avancée en général »
  • le 24/9 à 11h45 : « les réseaux bordant la route St Hilaire St Souplet à l’ouest et en avant du bois de la queue de l’Y sont encore intacts. Ce réseau comprend 4 rangées de piquets reliés par des fils de fer très nombreux. » Au même moment, le 3e Zouaves informe le commandement qu’une « batterie de 270 tire depuis 2 heures sur le saillant sud-est du bois de la Raquette dans un champ où il n’y a aucune organisation allemande. »  Dans la soirée, les tirs d’artillerie sont suspendus pour « achever la destruction du réseau de fil de fer au moyen de charges allongées ou de cisailles »
Le jour de l’offensive, à 6h, le commandement sait que « de grandes zones de fil de fer sont insuffisamment détruites. »

La suite…

Après Sur la terre * et  Un courant d’air **  :

couv CEEE

308 pages –

La suite de l’histoire : la famille Dury qu’on avait suivi dans les précédents ouvrages entre les années 1700 et 1870 se trouve maintenant dans le XXème siècle, notamment dans cette épouvantable période de 1914. Le Brionnais est loin du front, il reçoit seulement des mauvaise nouvelles.

Étienne puis son fils Jean Antoine rentrent dans la révolution industrielle qui touche petit à petit le monde rural et vivent les transformations du siècle dans leur  village de Curbigny, le machinisme agricole, le téléphone, le train, l’avion, l’automobile.

 

Ces trois tomes sont également regroupés dans :

couvnul

766 pages –

 

Sortie en août 2018 : librairies de la Clayette et de Charolles

ou expédié sur demande (durix@lavache.com)

   * 9ème édition
   ** 5ème édition

 

Sacrilège !

La Clayette s’éveille ce 21 avril 1808. Enfin, pour l’instant, seul le marguillier (*) qui se rend à l’église (**).

sainte avoye

Là, surprise ! il constate qu’on s’est introduit pendant la nuit dans l’église… Il se précipite chez le juge. Il est cinq heures du matin.

— Vous avez constaté cela à cette heure matinale, demande le juge, pas très content d’être tiré du lit ?
— C’est en voulant ouvrir les portes pour sonner l’Angelus que j’ai vu qu’elles étaient déjà ouvertes.

Le juge et le marguillier se rendent sur le lieu du délit. Le curé et le maire sont arrivés, un adjoint et le brigadier de gendarmerie aussi.
Ils regardent, incrédules, un trou d’un demi mètre de hauteur et autant de largeur, dans le mur occidental, celui de la chapelle saint Claude, le long de l’ancien jambage de porte. De là, les audacieux avaient ouvert la porte, en retournant l’espagnolette, fait observer le marguillier à l’assistance, des fois qu’on n’aurait pas remarqué.

— Le tabernacle a été visité, se lamente le curé.

Dans le tabernacle, on avait pris un ostensoir où se trouvait la sainte hostie. Le curé précise que l’ostensoir était en cuivre argenté et les rayons du soleil dorés.
Ça ne renseigne pas le brigadier sur ce qui est le pire, du sacrilège ou du vol.
On a également pris un ciboire en argent doré et un en cuivre argenté uni et doré à l’intérieur, avec différentes fleurs sur le couvercle.

Le spectacle des hosties répandues dans le tabernacle et sur le sol désolait le curé. Pendant qu’il ramassait pieusement les reliefs de l’outrage, ces messieurs avaient gagné la sacristie où deux calices avaient aussi été enlevés, un surplis de mousseline, deux rochets (c’est à peu près pareil, précise le marguillier), une aube…

— Et ce tissus, demanda le brigadier en désignant le coin du confessionnal ?
— C’est un morceau du rideau, soupira le curé… il est même brûlé, là en bas.
— Des vandales, s’emporta le maire qui n’avait jamais connu une telle opération dans l’église de la Clayette.
— On n’a aucune idée des auteurs de ce vol, observe le juge pensif ?
— J’ai trouvé ça, répondit fièrement le marguillier. Près du cimetière…

Et il exhiba une chaîne de puits, une mauvaise corde et deux bâtons, l’un de genévrier et l’autre de chêne, fraîchement coupés.

— Ah ça, monsieur le Juge, déclara le brigadier, je me charge de les montrer aux aubergistes de la Clayette pour savoir s’ils n’auraient pas vu hier les propriétaires de ces bâtons. Et je vais demander au tambour de ville d’avertir ceux qui auraient perdu une chaîne et une corde de venir vous voir.

On attend toujours…

 

(*) Celui qui a l’administration des affaires temporelles d’une paroisse, qui a soin de la fabrique. L’intendance de la fabrique appartenait anciennement aux évêques. Les évêques s’en déchargèrent sur les archidiacres et les archidiacres sur les curés. L’avarice ou la négligence des curés fut cause qu’on choisit entre les paroissiens des personnes notables et zélées pour prendre la direction des affaires de l’église. On disait autrefois « marreglier ». (Dictionnaire de Trévoux. 1740).
(**) Il s’agit de l’église sainte Avoye. L’actuelle église ne fut édifiée qu’en 1894.

 

in dossier 4U 1513 archives départementales 71

 

Il y a trop d’étrangers dans le monde

La présence des étrangers sur notre sol est une cause de graves conflits avec les travailleurs nationaux. Ces étrangers travaillent à bas prix, ils ont des habitudes de parcimonie, de nourriture restreinte et, disons-le aussi, de sobriété, qui leur permettent de faire face aux exigences de la vie avec un salaire moindre. Ils prennent donc la place des nôtres et contribuent à accroître la misère nationale.

Ajoutons que ces étrangers ne participent à aucune des charges nationales et qu’ils évitent de dépenser chez nous le salaire acquis à l’ombre de notre drapeau.

Ajoutons enfin que la criminalité s’en mêle.

La France est hospitalière, c’est une noble vertu, mais elle doit avoir des bornes. Elle ne doit pas dégénérer en naïveté.

Il ne s’agit pas, bien entendu, des étrangers riches, des touristes, qui viennent dépenser ici leur argent et alimenter bien des industries de luxe.

De qui parle-t-on alors dans cet éditorial ?

Des ouvriers italiens qui ensanglantent les rues de Marseille et de Toulon. Des Belges mêlés à toutes les grèves dans le Nord et des Allemands, plus pacifiques, qui assiègent les bureaux de bienfaisance « en disputant à nos pauvres » le pain et le charbon.

In l’Union Républicaine, édition de Saône et Loire, 23 janvier 1891.

titre 1

A l’heure actuelle, nul ne saurait nier que nous soyons désarmés : vient en France qui veut, s’y installe qui veut. Nous accueillons pêle-mêle mendiants, malfaiteurs, malades, nous leur ouvrons nos hôpitaux, nous leur dispensons largement des secours, nous les admettons dans nos écoles. Nous ne leur demandons rien, nous leur permettons souvent de désobéir à nos lois d’hygiène.

Les traditions hospitalières de la France nous obligent-elles à ne prendre aucune mesure de protection contre ceux des étrangers  « indésirables ? »

Là où l’étranger prend la place du Français réduit au chômage, parce qu’il se contente d’un salaire moins élevé, n’apparaît-il point que c’est le droit et le devoir des pouvoirs publics de rétablir l’équilibre ?

Dans cette tribune du député Denais, il ne s’agit plus des ouvriers belges ou italiens employés à des tâches manuelles qui « suppléent à une insuffisance locale » mais des autres,  pour lesquels  « il faut que nous renforcions des règlements de police qui protègent nos personnes et nos fortunes contre l’invasion. »

In le Journal du Charollais et du Brionnais, 31 décembre 1911