Notice historique sur Curbigny (2e partie)

L’église, son âge, son style

L’église de Curbigny, sous le vocable de St Pierre ès liens, paraît être de la fin du 12e siècle. Elle a dû être bâtie par des seigneurs croisés à leur retour de l’Orient . La gracieuse voûte en forme de coupole qui se voit sous le clocher en est une preuve : c’est en Orient que nos père apprirent cette forme d’ornement dans les églises et c’est à la suite des croisades qu’elles s’introduisit en France. Le médaillon que l’on voit au corbeau qui soutient, du côté du nord, le dessus de la grande porte semble le témoigner aussi par la croix que l’on y voit tracée. Enfin, les deux têtes que l’on remarque dans le chapiteau nord-est du chœur sous l’arc du clocher, l’indiquent aussi puisque l’on y reconnaît deux figures seigneuriales et guerrières.

Cette église qui appartient au style romano-bizantin ne se composait primitivement que de l’abside, du chœur et de la nef. Dans le cours du 18e siècle, les seigneurs de la Bazole y ajoutèrent la chapelle qui se voit au midi. Ils y avaient leur banc et leur sépulture. C’est un de Damas, dont j’ignore le prénom, qui a dû la faire construire puisque  c’est entre leurs mains qu’était alors la Bazole. C’est, dit-on, le fondateur de la chapelle qui repose sous la grande pierre tombale qui se voit encre au milieu. Mais cette tombe n’ayant point d’inscription, le nom ainsi que les mérites de celui qu’elle recouvre nous sont demeurés inconnus. Cette tombe silencieuse semble au moins nous révéler la grande humilité du défunt qui aura plus tenu à être connu de Dieu que des hommes.

Nous ignorons les événements relatifs à l’église jusqu’à l’année 1648. Un vieux titre de cette année nous apprend que le clocher était alors en très mauvais état. Il était couronné d’une flèche en pierre. Une parie était tombée et le reste penchait fort, ce qui faisait craindre à M. Claude Lempereur, alors curé de Curbigny, que l’édifice ne put tenir longtemps en cet état et, venant à tomber, il ne rompit la nef et n’endommagea le prêtre et les autres personnes qui pouvaient se trouver à l’église. Attendu que ledit clocher était de pierres de tailles assez grosses, le laisser tomber c’eût été préjudicier aux habitants une somme considérable. C’est pourquoi ledit sieur curé, après plusieurs remontrances faites inutilement à ses paroissiens, leur adressait le dimanche 26 juillet 1648 vers les neuf heures du matin, à l’issue de la sainte messe et au devant de la grande et principale porte de l’église, une sommation solennelle pour les obliger à la réparation du clocher, déclarant que si on le faisait pas, il ne célèbrerait plus la sainte messe dans l’église. Cette somation, rédigée par le notaire Circaud, se voit encore aux archives de la commune de Curbigny. J’ignore si elle eut son effet et si les réparations demandées furent exécutées.

Ces expressions « une partie était tombée et  le reste penchait fort » me portent à croire que le clocher était alors plus élancé qu’il n’est aujourd’hui car, s’il n’eut pas été plus élevé que maintenant , comment dans son état de ruine eut-il pu pencher fort ? Du reste, partout où l’on rencontre des clochers surmontés d’une flèche en pierres, on les voit plus élevés et ornés de plusieurs rangs de fenêtres. Il en devait être de même du clocher de Curbigny qui surmonte un chœur artistement construit.

En 1712, des réparations considérables furent encore faites audit clocher. Le mur occidental fut refait à neuf dans toute sa hauteur. Les trois autres côtés sur une hauteur de six pieds à partir du haut. Cette réparation coûta 80 francs et semble avoir été payée par son altesse la princesse d’Armagnac puisque l’entreprise fut donnée au château de Drée conjointement avec celle des réparations du four à chaux qui lui appartenait.

Avant 1793, il y avait deux cloches au clocher de Curbigny mais elles étaient petites. La plus grosse ne dépassait guère trois cents livres. En 1793, l’une d’elles dut, comme tant d’autres, s’en aller à la fonderie pour se changer en canon ou en gros sous. L’autre fut conservée au clocher pour servir de signal de rappel en cas d’incendie ou autre. L’église de Curbigny ne fut point alors vendue mais tous les ornements, excepté le calice, et ciboire et l’ostensoir, en furent enlevés et déposés à la mairie avant le départ de M.  Ray, alors curé.

En 1824, le clocher ne se souvenait plus des diverses réparations considérables qu’il avait reçu, soit en 1648, soit en 1712. De nouveau, il menaçait ruine. Les deux angles du nord s’écartaient et la flèche en pierres, conservée des deux époques des réparations précédentes, était en mauvais état. Les pierres en étaient toutes déjointes. Alors on descendit la flèche en pierres pour ne plus la rétablir et après avoir refait toutes les parties ruineuses des murs ; on construisit une flèche en bois que l’on couvrit de tuiles plates. Ces tuiles n’ayant pu résister à la violence des vents, on les remplaça en 1842 par des ardoises qu’on  y voit encore aujourd’hui. C’est à Dijon qu’on les acheta, on en prit 4500 qui coûtèrent 203,40 francs. Leur transport de Dijon à Curbigny coûta 36 francs.
L’autel actuel en bois fut établi en 1831. Le bois pour le faire fut donné en grande partie par madame de Drée et le monsieur le comte de Noblet du château de la Clayette.

La nef de l’église était de temps immémorial recouverte d’un lambris de planches, plus bas que la point de l’arc du clocher, ce qui était d’un triste effet. En 1848, on enleva toute la toiture de l’église ainsi que l’affreux plancher qui recouvrait la nef. On exhaussa les murs et on établit avec des cintres lattés et enduits la voûte simulée qui s’y voit maintenant. Ce travail aurait coûté, dit-on, 4000 francs. La chaire à prêcher actuelle fut faite et placée en 1849 par le nommé Laroche, menuisier à Varennes et a été payée, placée et ornée, 483,50 francs. En 1868, mademoiselle Alix de Tournon a donné à l’église de Curbigny six chandeliers argentés estimés de 40 à 50 francs pièce, plus une chasuble noire avec tout son appareil en soie.

Quelque bien fournie et ornée que soit l’église de Curbigny, elle est tout à fait insuffisante  à contenir la population. Il est urgent qu’on s’occupe de l’agrandir, ce qui pourrait se faire en prolongeant la nef de 15 pieds et en construisant deux chapelles au dessous de la balustrade. La sacristie serait établie dans la chapelle actuelle au midi du clocher. Mais cet agrandissement bien que suffisant laisserait bien à désirer. Si l’on pouvait trouver des ressources pour bâtir tout à neuf, ce serait bien préférable :  on tournerait l’église du midi au nord, la façade de la grande porte du côté de la Clayette et une petite porte latérale du côté de la cure. Les deux portes seraient ainsi bien à la portée des fidèles venant à l’église. Une bonne âme qui nous donnerait pour cela une vingtaine de mille francs serait bénie de Dieu et de toute la paroisse, elle aurait toute sa vie la joie de voir un monument élevé à la gloire de Dieu et qui lui devrait son existence.

Le 11 septembre 1754, monsieur Charles de la Cropte de Chanterac, abbé commandataire de l’abbaye de notre dame de Sery aux prés, vicaire général d’Autun, en cours de visite à Curbigny, se fit rendre compte des ressources de la fabrique. On lui répondit qu’il n’y avait point eu jusque là de compte en règle, n’y ayant point eu de fabricien nommé par la paroisse et que le sieur Dudelay faisait faire seulement les quêtes et que les dépenses s’élevaient à 61 livres 16 sous et les recettes à 58 livres 11 sous. Le sieur Dudelay fut alors nommé fabricien avec promesse par lui de faire la quête les dimanches et fêtes attendu qu’il n’y avait aucun revenu ni fond de fabrique pour pourvoir aux frais du culte, que les droits de fabrique pour les enterrements dans l’église et les offrandes de cire.

Comme on le voit à cette époque, un seul fabricien suffisait à l’administration des fonds de fabrique. Les offrandes de cire étaient surtout produites par ce que l’on appelait royauté. Il y avait deux royautés à Curbigny, l’une le jour de l’Assomption et l’autre le jour de saint Sylvestre. Voici ce qu’on était convenu d’appeler royauté : on préparait deux bouquets auxquels on attachait un ruban. L’un de ces bouquets représentait le roi et l’autre représentait la reine. A la sortie des vêpres, un homme désigné prenait à chaque main un de ces deux bouquets et s’établissant sur le cimetière, près de la porte de l’église au moment où tout le monde sortait, il se mettait à crier en tenant élevés ses deux bouquets : « vive le roi, vive la reine ! Donnez pour le roi, donnez pour la reine. » et différentes personnes offraient au roi ou à la reine quelques livres de cire et, à mesure que les livres de cire se votaient, le crieur disait : « à une livre le roi, à une livre la reine : deux livres le roi, deux livres la reine. » et ainsi de suite tant que se présentaient des personnes offrantes et le bouquet était, ainsi que le ruban, au dernier enchérisseur. Cette cire votée se payait l’année suivante et à pareil jour. C’est ainsi que la piété de nos pères venait en aide à l’église pour l’entretien du luminaire. Des familles charitables fournissaient aussi l’huile pour la lampe qui brûlait jour et nuit devant le saint sacrement. Souvent même, il y avait des fondations spéciales. Pour cela, un champ ou un revenu annuel en argent avait été donné à cette intention mais j’ignore si une fondation de ce genre a existé à Curbigny. Toutes ces œuvres charitables étant détruites, les fabriques ont été obligées, pour suffire aux frais du culte divin, de se créer un revenu en faisant payer les bancs et chaises des églises.

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