Au service de qui ?

En Saône et Loire, certaines communes manquaient d’eau potable.

En janvier 1844, le Préfet Delmas s’en émut :

Il serait possible de remédier à cet inconvénient par le forage de quelques puits mais, souvent, ce moyen a échoué faute de connaissance hydroscopique.

Comme il avait entendu dire que certains avaient fait appel à l’abbé Paramelle « dont l’habileté à découvrir des sources est établie par de nombreux succès », il proposa que les communes rassemblent les demandes qu’il transmettrait lui-même au cher abbé (qui ne se déplaçait que lorsqu’il y avait plusieurs demandes, en commençant par le département où il y en avait le plus…)

Mais à la fin de l’année 1844, déception : le département n’avait pu aligner que 146 demandes !

L’abbé fut catégorique :

 

– Il est certain que si le Département n’en faisait pas d’autres, il ne pourrait être visité de fort longtemps, ni peut-être jamais.

Et il fit la leçon au Préfet Delmas : Dans le Doubs, le préfet avait envoyé neuf ou dix fois des circulaires aux maires et il avait recueilli plus de mille demandes. Dans le Jura, neuf cents demandes !

Vous voyez, monsieur le Préfet, qu’avec du zèle et des démarches quelques fois réitérées, il vous sera facile de couvrir ces chiffres.

Allez mon petit, au boulot !…

En octobre 1845, le Préfet Delmas envoyait fièrement une liste de 300 personnes.

Haussement d’épaules de l’abbé : le préfet du Jura lui avait fait parvenir plus de 1300 demandes, celui de Haute-Saône 600.  Aussi le département de Saône et Loire ne peut être visité à moins qu’il ne fasse plus de demandes que celui de la Haute-Saône.

Enfin ! en 1846, « le département de Saône et Loire se trouvant avoir fait plus de demandes que tout autre a définitivement acquis le droit d’être visité le premier. »

Cocorico !

Précisions :

1- La méthode de l’abbé n’était pas infaillible. Il avait même un formulaire pour rembourser les honoraires en cas d’échec. Ce qui se produisit notamment à Cluny et à Tournus.

1846Paramelle14
2 – L’abbé Paramelle qui habitait Saint Céré dans le Lot n’y séjournait qu’en juillet et août : le reste du temps, il était en tournée dans les départements. Je n’ai pas pu trouver de document qui permette de dire quand l’abbé lisait son bréviaire.

 

Dans le courant du mois de  septembre 1846, le département de Saône et Loire fut parcouru (*) par l’abbé Paramelle.

 

Paramelle-dessin.jpg

image Spéléo Club de Paris (link)

 

Cet ecclésiastique, né en 1790, avait été ému par le manque d’eau qui pénalisait beaucoup ses paroissiens du Lot.

Serait-il possible, écrit-il, que Dieu eût abandonné à jamais tant d’infortunées populations aux angoisses de la soif ! Ne serait-il pas possible de trouver dans ses malheureuses contrées des sources, fussent-elles très profondes ? (wikipedia)

Il se forma  à la recherche de sources par attrait personnel pour cette discipline et il obtint de son évêque l’autorisation de délaisser sa paroisse le temps de ses visites.

Dès 1827, le ministre de l’intérieur de Martignac avait demandé au Préfet du Lot un rapport sur les travaux exécutés sur les indications de l’abbé. Il aurait eu l’intention de lui verser une pension viagère et une indemnité pour ses voyages s’il envisageait de parcourir la France sur demande des autorités.

Mais l’abbé Paramelle ne suivit, en réalité, aucun ordre pour ses tournées : il allait là où les demandes étaient les plus nombreuses et les plus rapides (en 1830, par exemple, il avait reçu plus de 1500 demandes pour le Var).

Pour ses honoraires :

Ne pouvant, de l’aveu de tout le monde, faire des courses si pénibles et si dispendieuses sans aucune espèce de rétribution, j’ai fixé les honoraires d’après les distances, leur conservant toujours ces caractères de modicité et d’éventualité qui leur ont mérité l’approbation générale. Ainsi, on me compte pour chaque source que j’indique, savoir :

Dans le département du Lot : 10 fr.
Dans les six départements circonvoisins, qui sont la Dordogne, la Corrèze, le Cantal, l’Aveyron, Tarn-et-Garonne et Lot-et-Garonne : 15 fr.
Dans les départements qui sont contigus à ces derniers : 20 fr.

Lettre de l’abbé le 3 décembre 1835
(**)

Avant de se rendre dans le département choisi, il repérait toutes les communes où des souscripteurs avaient réclamé son intervention et leur envoyait une lettre avec les date et heure de son passage.

Le voilà à pied d’œuvre dans le Département. Son premier soin est de réunir tous les souscripteurs de chaque commune et de leur indiquer le circuit qu’il suivra dès le lever du jour jusqu’à la nuit. Les pauvres seront les premiers servis et gratuitement. Il s’arrêtera le dimanche pour célébrer la messe et trouvera le temps de lire son bréviaire.

L’Echo du Charollais rapporte : le savant et modeste abbé arrive, escorté des notables de la commune qui sont allés le recevoir sur leurs limites. On le presse, on l’entoure, on l’examine. C’est un homme de haute taille, vêtu de noir, d’une figure franche et ouverte, au front vaste, au regard pénétrant, qui sourit avec bienveillance et s’empresse de déclarer aux habitants qui lui témoignent une flatteuse impatience :

Je n’ai pas le don des miracles mais seulement un peu d’habitude à découvrir les moyens dont se sert la nature pour transporter et faire circuler les eaux reculées dans le sein de la terre… (***)

On lui exprime le regret de ne pas le voir fonder une école où serait enseignée sa spécialité, il répond

Quelques mois d’étude de la géologie suffiraient pour que toute ma science soit acquise et trois mois de pratique donneraient mon aptitude à n’importe quel homme d’intelligence ordinaire.

 

 

 


 

 

(*) L’abbé Paramelle a été appelé dans 185 communes de Saône et Loire dont Saint Bonnet de Joux, Beaubery, Charolles, Poisson, Semur en Brionnais, Saint Julien de Civry, Oyé, Saint Christophe en Brionnais et Varennes sous Dun (où il a recherché l’emplacements de 24 sources)

(**) Pour les recherches en Saône et Loire, le tarif était un peu plus élevé  (On sait qu’il était de 25 frans pour l’Ardèche et de 45 francs pour le Calvados)

(***) Il ne croit pas à l’efficacité de la « baguette divinatoire » : Quoique j’aie opéré bien des fois, avec toutes les précautions prescrites et que je sois passé et repassé sur des cours d’eau souterrains dont le conduit m’était bien connu, je n’ai jamais remarqué que cette baguette ait fait d’elle-même le moindre mouvement dans mes mains. (préface de la 2e édition)

Paramelle livre

Son livre, l’Art de découvrir les sources link pose en principe que les eaux, après avoir pénétré la superficie des terres, forment des veines, puis des rigoles, cherchent les pentes des terrains et descendent dans les vallons en suivant des conduits souterrains.

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