Salauds de pauvres !

En 1802, le sous-Préfet de Charolles s’adresse aux membres du Conseil d’arrondissement :

La mendicité est la lèpre des nations civilisées.

Jusqu’ici la religion et l’humanité ont fait seules les frais de quelques palliatifs. Mais pendant cette longue lutte de la Vertu, on a pu s’apercevoir que l’aumône qui nourrit la mendicité, loin d’en opérer la destruction, n’est propre qu’à la propager.

Aux époques où l’émission de petites fractions d’assignats chassa de la circulation jusqu’aux signes monétaires les plus faibles, la mendicité s’éclipsa. Elle s’éclipsa même si complètement qu’on ne vit pas un seul pauvre circuler de commune en commune.

Et quand s’est-elle reproduite parmi nous, la mendicité ? Avec les signes monétaires au son de l’argent en circulation.

Cette coïncidence, qui n’a pu échapper à personne, autorise cette conséquence : c’est que la mendicité n’est pas toujours la compagne du besoin, qu’elle est le plus souvent une spéculation de la paresse, une profession sans patente.

Attaquer la paresse c’est donc travailler à détruire la mendicité.

Pour la forcer dans ses retranchements, il ne suffit pas de l’appeler au travail. Il est nécessaire de l’y contraindre : la force morale des invitations n’a point de prises sur des individus dégradés si elle n’est secondée de l’action de la Loi.

Pour que cette action s’exerce le plus utilement et le moins dispendieusement possible, le Gouvernement envisage de favoriser les ateliers de charité qui, lorsqu’ils sont bien administrés, ne génèrent guère plus d’autres frais que ceux de leur installation (*).

Mais le Charollais, qui ne connaît que « la grande manufacture du labourage », n’est pas adapté au projet du Gouvernement. Ici, pas assez de spéculateurs exercés pour asseoir la durée de ces ateliers sur la base des avances et des produits.

Il faudra donc trouver autre chose pour ces contrées rurales où l’on voyait rôder parfois ce genre d’individus :

plot-copie-1.JPG

La première attention consistera à fermer les portes de chaque commune aux pauvres étrangers.

Par la suite, les pauvres qui devront absolument sortir de leur commune pour survivre seront dotés d’un passeport !

passeport-mendiant.jpg

(*) Le sous-Préfet se réfère, peut-être un peu imprudemment, à la gestion d’un atelier similaire à Lyon, paroisse de Sainte Croix, dont il a connu le bon fonctionnement  jusqu’en 1793, année au cours de laquelle son administrateur, Joseph Mathon de la Cour, a été guillotiné.
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