Les Cent Jours en quelques lignes

Jacques Marie Leclerc poursuit le récit de sa vie militaire, après l’arrivée à Paris :

Restés à Paris pendant quelques temps, nous nous rendions dans le jardin des Tuileries et chacun de nous dans nos compagnies respectives pour y connaître chaque ordre du jour concernant notre régiment d’officier. Lorsque le 18 avril je reçus l’ordre du ministre de la guerre d’aller rejoindre à Laon le 2e Régiment de Dragons.

Il y avait un mois que j’étais à ce régiment lorsque je reçus un autre ordre d’aller occuper un emploi de mon grade dans le 9e Dragon dont le dépôt était à Pontivy.

Je partis immédiatement de Laon et, à peine arrivé, je partis avec le général Bigarré pour faire partie du petit corps d’armée qu’il commandait contre les insurgés bretons que nous trouvâmes réunis à Auray, que nous battîmes et dispersâmes. Après un traité de pacification, nos revînmes à Rennes, le général blessé d’une balle à la cuisse et moi d’un coup de baïonnette à la paume de la main gauche, qu’on n’a pas porté sur mes états de services.

Peu de temps après, nous reçûmes la triste nouvelle du désastre de Waterloo et ordre d’aller rejoindre l’armée au delà de la Loire, cantonnée à Bourbon l’Archambeau. J’y reçus l’ordre du duc de Tarente transmis par le chef d’état major général Hulot de me rendre dans mes foyers pour y attendre les ordres. Mon licenciement date du 19 août 1815 

(Note : la bataille d’Auray eut lieu du 18 au 21 juin 1815, elle se termina donc après Waterloo)

Rentré dans mon département, je pris domicile à Saint Ythaire, chez un oncle prêtre et curé desservant de cette commune. Inutile de dire ici combien nous étions à l’œil des autorités civiles et militaires et en butte aux outrages et aux vexations de tous genres, et surtout les officiers qui comme moi avaient servi de cortège à l’Empereur à son retour de l’île d’Elbe. je ne fus pas traduit devant la cour prévôtale parce que je me tins à l’écart pendant qu’elle siégeait à Chalon, on m’ignorait. Mais cela n’empêcha pas qu’elle ne condamne à mort par contumace le brave capitaine Vanto, qui n’en avait pas plus fait que moi et qui mourut en exil.

Tel est le narré succinct de ma carrière militaire, courte à la vérité, mais pleine d’événements qui n’ont ni changé mes convictions ni altéré les sentiments d’admirations et de dévouement à l’Empereur.

Par sa lettre du 20 mai 1816, le ministre de la guerre ayant brisé ma carrière militaire plutôt par le motif de mes antécédents politiques qu’au défaut de forme de mes titres, je rentrais dans la vie privée après avoir fait pendant ma carrière militaire la dépense de deux uniformes tant dans les gardes d’honneur que comme sous-lieutenant de Dragons, de deux chevaux d’escadron et de leur harnachement pour les différentes armes. Pour tout cela, le patrimoine du chef de ma mère à peine a-t-il pu suffire.

Mon père, à mon retour, se trouvant ruiné, je n’eus d’autre parti à prendre pour exister que d’embrasser une profession industrielle et la métallurgie du fer fut celle à laquelle je donnais la  préférence. J’avais obtenu deux brevets d’invention pour simplifier la fabrication du fer et en diminuer le prix de revient de 40%. J’étais en train d’appliquer sur une grande échelle mon nouveau procédé lorsque la révolution de février est venue arrêter les travaux d’une honorable compagnie et détruire en même tller bientôt  mourir dans un hôpital si l’emps mes ressources et ma perspective d’avenir.

De sorte qu’âgé de 71 ans et n’ayant pu travailler depuis, je suis en ce moment dans un état de gêne et de misère complète et forcé d’aller bientôt  mourir dans un hôpital si l’Etat ne vient à l’aide d’un vieux soldat et d’un travailleur.

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