Soldat de la Grande Armée, quelle misère !

 

Nicolas Dumoulin, né à Chauffailles le 28 septembre 1787, est incorporé le 19 avril 1812 dans le 7e Régiment d’artillerie à pied (1).

C’est lui qui raconte :

A cause de sa taille, de sa constitution et de sa force herculéenne, il fut nommé premier canonnier.

Il se trouva à Leipzig. Dans la retraite, il passa le premier sa pièce sur le pont, après quoi toute la batterie passa aussi. Peu après, le pont sauta (2). C’était, autant qu’il s’en rappelle, aux environs du 13 novembre 1813 (3). Le commandant annonça qu’il méritait la Croix.

Soldat de la Grande Armée, quelle misère !

Il servit dans les campagnes de Hollande, de Prusse, de Westphalie… Il resta bloqué à Magdeburg (en Allemagne) pendant dix mois.

Il revint ensuite à Rennes puis au mont Saint Jean (4).

Là, à l’approche de l’ennemi anglais et prussien, lorsque la troupe française battait en retraite, sa pièce étant chargée, ainsi que les dix autres de la batterie, alors qu’aucun commandement n’a été donné par les chefs de la batterie, étant resté seul à sa pièce, les autres battant en retraite et voyant l’ennemi très près, il mit le feu non seulement à sa pièce mais aux dix autres et une grande quantité d’ennemis fut abattu. Après quoi, il tua à coups de crosse de sa carabine les voltigeurs prussiens qui voulaient le faire prisonnier. Ensuite, s’étant accroché à la prolonge de sa pièce (5), il l’a traînée sur 40 à 50 pas du côté du carré de la garde. Le colonel lui ayant crié d’abandonner sa pièce, il le fit, exténué de fatigue. Le colonel lui ayant donné à boire de sa gourde voulut le faire entrer au centre du carré pour se remettre mais il refusa et se plaça à la tête, voulant conserver son rang.

Un des généraux (6) s’étant approché demanda quel canonnier avait fait le coup. « Vous avez mérité la Croix ! mais je n’en ai pas, vous la recevrez à Paris ». Il lui remit provisoirement le Ruban d’honneur. Malheureusement, à Paris les choses avaient changé, d’après Dumoulin : Louis XVIII avait interdit les décorations (7)

Il rentre dans ses foyers en 1815.

Les années passent et, le 5 janvier 1852, il adresse une demande de secours au président de la République.

Jean-Marie Cortey, maréchal-ferrant de Chauffailles, qui était aussi au Mont Saint Jean dans le 9e chasseur à cheval (8), atteste que tous les faits cités par Dumoulin sont exacts et « qu’aucun soldat n’a mérité mieux que lui une récompense, étant considéré comme le meilleur canonnier de son régiment. »

Le maire de Chauffailles ajoute à la demande d’aide de Dumoulin que celui-ci, maintenant âgé de 66 ans, « entièrement usé », a deux enfants de 16 ans environ, dont l’un est boiteux, pouvant à peine se traîner et l’autre scrofuleux…

(1) L’intéressé précise « lors de la levée de 300 000 hommes », ce qui ne doit pas être exact puisque cette levée a été ordonnée par le décret du 15/11/1813. En outre, il aurait dû être incorporé en 1807. Ce qui expliquerait pourquoi il indique avoir passé cinq ans dans les campagnes de Hollande, de Prusse, de Westphalie (voir plus loin)
(2) Dans la nuit du 18 au 19, voyant que la bataille ne peut se terminer qu’en défaite, Napoléon décide de retirer la majorité de ses troupes en leur faisant traverser la rivière Elster. La retraite poursuit jusqu’au moment où l’unique pont est détruit par une escouade du Génie, effrayée par la proximité de l’armée ennemie. Un tiers de l’armée française n’a pas eu le temps de traverser et n’a d’autres choix que de risquer la noyade en traversant à la nage, ou de se rendre à l’ennemi.
(3) Il se trompe : La bataille de Leipzig eut lieu du 16 au 19 octobre 1813. Aussi appelée la bataille des Nations, elle fut une défaite subie par Napoléon Ier
(4) Bataille de Waterloo – les combats n’eurent pas lieu à Waterloo mais un peu plus au sud. La bataille a souvent été appelée en France « bataille de Mont Saint-Jean », lieu plus précis de l’engagement effectif.
(5) Cordage qui servait, dans le tir, à réunir la pièce d’artillerie à son avant-train.
(6) Dumoulin ne se rappelle pas du nom du Général.
(7)Louis XVIII réforma la légion d’honneur, créée par Napoléon, mais ne la supprima pas.
(8) Dans le 3ème corps d’infanterie du lieutenant général Vandam

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