Au rapport !

Toujours à la recherche du soldat Philippe Durix arrivé le 5 décembre 1813 au dépôt général de Nancy avec 214 autres conscrits de Saône et Loire et disparu ensuite, je suis allé chercher sa trace sur place.

Sans autres renseignements, ça promet des heures de traque du moindre indice de début de commencement de piste…

D’abord, visite aux militaires de la caserne Sainte Catherine encore debout (caserne Thiry).

caserne Thiry
Collection Pierre Boyer

Philippe qui n’avait pas déserté en route, comme 8 conscrits de son détachement, qui n’avait pas goûté aux délices de l’hôpital militaire comme un autre, avait sans doute atterri dans cet édifice construit aux environs de 1764.

Je reçois un excellent accueil de la part de deux spécialistes de l’histoire de cette caserne… qui n’ont malheureusement aucune idée de ce que recouvre le terme « dépôt général ». Merci quand même.

A défaut de tomber sur Philippe au coin de la rue Sainte Catherine, j’espère trouver aux archives municipales quelques documents sur l’ambiance de la ville pendant cette période . Il faudra y revenir car, ici aussi, l’accueil est excellent.

Je ne sais pas combien de temps Philippe est resté à Nancy avant de partir sur le champ de bataille pour y disparaître. Quelques jours, quelques semaines ? A-t-il eu le temps de connaître ce qui agitait cette ville ?

Un peu avant son arrivée, le conseil municipal de Nancy adressait un message de fidélité à Napoléon par l’intermédiaire de l’Impératrice qui régentait le pays en l’absence de son courageux mari parti soutenir ses soldats. Le conseil, « organe de votre bonne ville qui s’honore de n’avoir jamais été devancée par aucune de l’Empire dans les témoignages de son zèle et de son dévouement » était sûr que tous ses administrés étaient prêt à accepter « tous les sacrifices pécuniaires pour conserver à la France la gloire et la supériorité acquises par vingt ans de travaux du Prince qui la gouverne. »

Quelques mois plus tard, en mai 1814, le conseil municipal voulait « éterniser le retour de la famille des Bourbons, héritiers légitimes du trône de la France qu’une suite de malheurs a, depuis près de 25 années, éloignés de leur patrie qu’ils rendaient heureuse. »

A cette occasion, la statue de Louis XV, que des vandales avaient détruite en dilapidant le bronze dont elle était faite, allait être rétablie en pierre de Savonière du meilleur choix et réalisée par l’artiste le plus distingué.

Entre temps, Nancy aura été abandonné par le commandant de la 4e Division militaire, le préfet, le directeur des droits réunis (1) et quelques fonctionnaires partis « à l’intérieur ». C’est vrai que, le 1er janvier 1814, Gebhard Leberecht von Blücher avait passé le Rhin et marchait sur Nancy.

Pourtant, le 13 janvier, le maire donne avis à ses administrés que si les armées des puissances coalisées pénétraient dans la ville, le conseil resterait à son poste pour veiller au bon ordre et à la tranquillité publique. Les habitants étaient invités à rester calmes et paisibles, à se retirer dans leur maison en fermant les portes et les fenêtres (mais pas les volets! ) et, bien sûr, à ne pas se rassembler ni à manifester leur mécontentement.

Le lendemain, en plein conseil, le courageux maire voit débarquer… le colonel général comte de Grouchy qui le met en demeure de lui procurer 15000 francs dans le quart d’heure. Stupeur… les caisses de la ville ont été transportées hors de Nancy au moment du départ du directeur des droits réunis. Impossible donc de répondre à cette sommation.

Aussi brutalement que Grouchy un quart d’heure avant, une force armée vient enlever le maire et deux adjoints pour les emmener à Toul !

A minuit, le conseil décide de s’abstenir de l’exercice de ses fonctions.
Ce jour-là, le maréchal Ney, prince de la Moskowa quitte Nancy…

(source archives municipales de Nancy dossier 1D 23)

 

(1 )Droits réunis : La loi du 5 ventôse an XII institua une Régie des droits réunis et lui attribua la perception des taxes sur les boissons, de l’impôt sur les voitures publiques, du droit sur les cartes à jouer, et du droit de garantie sur les objets d’or et d’argent.
Par la suite, la régie se vit attribuer la perception :
– des droits de navigation intérieure (arrêté du 26 mars 1804) ;
– des droits et revenus des bacs, bateaux et canaux (id) ;
– des droits d’octroi (id) ;
– des droits sur les sels fabriqués à l’intérieur (décret du 11 juin 1806) ;
– l’achat, la fabrication et la vente des tabacs (décret du 29 décembre 1810) ;
– la vente des poudres à feu (décret du 16 mars 1813)
Les droits réunis étaient très impopulaires et, lors de la première Restauration, le public espérait sa suppression ; aussi une ordonnance royale du 17 mai 1814 en supprima le nom et, en lui rattachant la régie des douanes, lui attribua le nom de Direction générale des contributions indirectes. Lors des Cent Jours, les deux administrations furent de nouveau séparées, et l’ancienne régie des droits réunis prit le nom de Régie des contributions indirectes (Décret du 25 mars 1815).

 

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Un commentaire sur “Au rapport !

  1. Salut cousin !
    Dépôt général ; il me semble mais sans certitude qu’il a pu y avoir plusieurs sens à ce terme ; officiellement il s’agit d’un bureau où on conserve les cartes, les archives des armées ; en fait ça a souvent été aussi employé pour désigner une caserne où les soldats étaient regroupés pour constituer des unités avant de monter au front.
    Tu vois, même les milis de carrière ne sont pas sûrs d’eux !

    Bises
    Stef
    J’arrive à Lyon le 11 juillet ; on se voit chez Martine, ok ?

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