1815, nouvelle occupation de la France par les troupes étrangères

Par traité du 25 mars 1815, dès que le retour de Napoléon est connu, les puissances étrangères s’unissent expressément contre « Napoléon et ses adhérents »

D’après Fouché, si le sort des batailles a dû faire remettre momentanément la capitale aux mains des ennemis, ils ont pris l’engagement solennel de respecter les personnes, les propriétés publiques et particulières, nos institutions, nos autorités, nos couleurs nationales ( 6 juillet 1815 Moniteur Universel)

Mais l’occupation, dirigée en premier lieu contre Napoléon, change vite de cible : « dire qu’on ne fait la guerre qu’à Bonaparte est une des assertions les plus absurdes que jamais gens raisonnables se soient permises » dixit Baron de Gagern, représentant de Nassau en août 1815

Les troupes Alliées envahissent la majeure partie de la France, soit 61 départements : les Britanniques occupent entre la Seine et la frontière belge ; les Prussiens entre la Seine, la Loire et la Bretagne occidentale. Les Autrichiens avancent jusqu’en Ardèche et le Gard tandis que Russes, Saxons, Hessois, Wurtembergeois se répandent entre le Rhin et la Loire.

Des Wurtembourgeois et des Hessois occupent la région de Charolles.

Entre juin 1815 et septembre, le nombre de soldats étrangers cantonnés en France passe de 150 000 à plus de un million. Leur passage ou leur installation donne lieu à des pillages ou des réquisitions démesurées.
En août 1815, une ordonnance française crée une sorte d’emprunt obligatoire auprès des départements (270 000 francs pour la Saône et Loire).

Un exemple : Chauffailles occupée

En octobre 1815 Claude Antoine Max, huissier, a été nommé maire provisoire de Chauffailles après la destitution (par erreur) du maire Guilloud et de son adjoint Arnaud, coupables d’avoir fui à l’approche d’un détachement de 230 hommes de l’infanterie hongroise envoyé en cantonnement dans l’arrondissement pour exécuter militairement la commune en retard de fournir une réquisition.

Monsieur Max n’est pas à la fête pour « gérer » les réquisitions. « Comme il est possible, écrit-il dans son compte rendu, que dans ces temps orageux j’ai omis quelques recettes, j’offre d’en tenir compte sur ce qui m’est dû. » Beau geste pour un citoyen qui a « reçu à la place du maire qui était alors absent vingt sept coups de bâton et eu une frayeur des plus terribles. » C’était « la nuit du pillage ». Il a donné en outre deux écus de six livres à un sergent « pour l’engager à apaiser ses chefs » et s’épargner de nouveaux coups. Il offre aussi deux repas chez lui sur ordre d’officiers pour « tâcher d’espérer la rentrée des bourgeois de Chauffailles en leur domicile. » Les troupes alliées qui lui attribuaient la qualité de maire parce qu’il avait fait les billets de logement entrèrent en grand nombre dans son domicile, en son absence, et pillèrent à discrétion.
(il sera remplacé par Monsieur Deville le 14 novembre)

Un habitant de Chauffailles écrit  à Monsieur le Vicomte de Châteauneuf (lettre non datée mais sans doute de septembre 1826, date à laquelle Monsieur de Drée est nommé commissaire spécial pour les réclamations)

Pendant tout les temps que les troupes ont séjourné à Chauffailles, j’ai toujours eu des officiers à loger chez nous, quoi que locataire. Bien plus quand les messieurs de Chauffailles se sont absentés, tous les officiers venaient vivre à la maison. Il arrivait assez souvent que ceux de Châteauneuf, Tancon, Saint Igny de Roche se réunissaient à ceux de Chauffailles et venaient tous dîner chez moi. J’avais une cave bien garnie, d’une grande quantité de plusieurs sortes de bons vins en bouteilles qu’ils m’ont tout bu et quand il n’y en a plus eu, il a fallu que je sois allé acheter une pièce de vin vieux qu’ils m’ont bu au trois quarts avant de prendre mon tabac, mon eau de vie, ma liqueur, mon café.

Je suis encore été obligé de leur monter des fusils et faire différentes réparations à leurs armes et jamais je n’ai reçu un sou d’eux. Ils m’ont ruiné, je m’en sens toujours, je n’ai pas pu me remonter depuis.

Tout le monde a bien connaissance du dégât qu’ils m’ont fait, jusqu’à monsieur notre curé qui m’est venu trouver pour me dire : « le commandant qui logeait chez moi m’a quitté pour venir chez vous. » Je lui ai répondu « vous avez bien du bonheur, je voudrais bien qu’il m’en arrive autant qu’à vous. ». Il n’est que monsieur Deville (le maire) qui m’a secouru dans mes embarras. Il les a invité d’aller dîner chez lui une fois par semaine, ce qui m’a bien déchargé mais ils m’ont bien coûté au moins 1500 francs. Je n’ai pas pu faire mes affaires, j’ai été obligé de vendre mon fonds et une grande partie de mon mobilier.

Après le départ des troupes, plus de deux cents habitants se scandalisèrent de l’iniquité du nivellement opéré entre les habitants. En effet, à cause du désordre de ces temps troublés, les contributions demandées aux habitants n’eurent pas toute la régularité nécessaire et certaines personnes étaient davantage sollicitées que d’autres, d’où le nivellement.

Ils accusaient les autorités chargées de ce nivellement d’avoir travaillé dans l’ombre, d’avoir fait signer des documents a posteriori, par surprise, d’avoir attribué à un monsieur Vallory une somme considérable alors qu’il s’était enfui de Chauffailles lors de l’invasion.

Une commission présidée par monsieur de Drée devra examiner la réclamation en question. Celui-ci constatera que le travail de nivellement a été fait avec beaucoup de négligence et de lenteur, sans délibération formelle, en s’appuyant sur des éléments incertains, inexacts et fort incomplets… Quant aux créances supposées de monsieur Vallory, le commissaire bien embarrassé doit reconnaître que « rien ne se trouve à la mairie qui puisse venir à leur appui. »

De son côté, le Préfet demande à l’ancien percepteur de Chauffailles des éclaircissements sur la restitution par le colonel autrichien Simony d’une réquisition en argent de huit cents francs, somme qui se trouvait dans une caisse placée chez ledit percepteur. Celui-ci lui répond évasivement que, peut-être bien qu’il y avait cette somme dans une caisse mais qu’il ne l’a pas ouverte pour vérifier et que, certainement, il se le rappelle très bien, les bénéficiaires sont venus le lendemain récupérer leur dû et qu’il en était bien soulagé car la garde de la caisse l’avait bien fatigué ! En outre, il n’a visiblement pas bien envie de se souvenir davantage de cette période puisque, destitué en 1816, il s’est retiré à Chassigny et s’est, de ce fait, éloigné de tout ce qui a pu s’y passer depuis !

Il faudra attendre 1835 pour que le nivellement soit définitivement adopté…

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