Bientôt la rentrée

Jean Marie Quelin, né le 17 juillet 1808 à Saint Bonnet des Bruyères, arriva comme instituteur à Curbigny en décembre 1847 en provenance de Varennes sous Dun.

A Varennes, des dissensions avaient duré plus d’un an entre le conseil municipal tout entier et le maire sur fond de lutte contre l’enseignement public : « les religieuses suffisent, disait-il, les paysans n’ont pas besoin de tant de science. »

La nomination de monsieur Quelin y avait été poussée par le docteur Circaud (qui n’appréciait pas du tout le maire *1). Il écrit au sous préfet de Charolles le 4 juin 1839 :

Je crois devoir vous prier de nous donner pour instituteur primaire le nommé Quelin Jean Marie qui réunit toutes les qualités requise. Cet instituteur est près pieux, très doux avec les enfants qu’on lui a confié et il en a maintenant cinquante cinq.

Si je n’avais pas eu la fièvre tierce [c’est à dire le paludisme ndlr], je me serai rendu moi-même à Charolles pour vous prier d’être favorable à Quelin parce que je suis convaincu que c’est une bonne acquisition (sic) pour la commune.

Le sous-préfet (qui n’apprécie pas le docteur Circaud *2) proposa malicieusement au maire, après lui avoir passé la brosse à reluire (*3), de faire comme si c’était lui qui avait eu l’idée de nommer monsieur Quelin.

Hélas, cet instituteur qui paraissait si apprécié se disqualifia bien vite à Curbigny.

L’école se trouvait dans la maison d’habitation de l’instituteur, une maison suffisante pour un ménage mais mauvais local pour la classe, humide, non aéré, malsain et sans préau.

école Quelin

Maison de l’instituteur

Le 21 janvier 1851, le maire de Baudemont, envoyé par le sous-préfet voir les écoles (*4) de Curbigny, indiquait qu’il y avait 15 enfants dans celle de monsieur Quelin auquel on reproche d’être à la fois « un peu indolent et un peu sévère envers ses élèves ». On lui conseille d’être un peu plus égal à l’avenir et d’agir avec douceur envers les élèves, ce qu’il promet de faire…

Le curé Denis de Curbigny, quelques jours avant, était plus clair : cette école ouverte par Jean Marie Quelin est devenue à peu près nulle par l’incurie de cet instituteur. Il y apporte peu de dévouement et d’application. Son habitude prononcée de se laisser aller à l’apathie et au sommeil en faisant lire les enfants lui ôte l’aptitude nécessaire pour remplir des fonctions qui demandent un zèle soutenu.
Aussi, des habitants de Curbigny reconnaissant combien sont faibles les progrès que font leurs enfants dans l’école de Quelin préfèrent les envoyer ailleurs, principalement à Varennes sous Dun et au Bois Sainte Marie où il y a des frères.

Dans cet état de choses, des habitants de Curbigny ont été heureux de voir arriver mademoiselle Fayard (*5) qui a ouvert une école (privée) dans leur commune vers la fin du mois de novembre (1850). Cette fille réunit les qualités nécessaires à une bonne institutrice. Elle est véritablement pieuse, modeste, zélée et je la crois capable. Elle n’a pas encore de diplôme mais c’est par de motifs qui ne l’empêchent pas d’être apte à l’enseignement.

Monsieur Quelin était devenu marguillier en 1851, il connaissait parfaitement le chant ecclésiastique (c’est même sa spécialité et son unique talent, dit une mauvaise langue) mais on espérait sans doute l’envoyer enseigner ailleurs, en contrepartie.

Juste avant d’aller enseigner à la Chapelle sous Dun, le 28 août 1853, Jean Marie Quelin était inspecté à Curbigny. Lorsque l’inspecteur de Charolles se présenta à l’école, les neufs enfants que compte son école étaient pêle-mêle, sans chaussures et sans bas, dans des postures qui lui indiquèrent assez clairement que la discipline laissait beaucoup à désirer. Pas un ne savait lire couramment ni écrire passablement.

Le local destiné à la classe était au deux tiers occupé par des gerbes de froment que l’instituteur y avait mises.

Opinion de l’inspecteur : le sieur Quelin a substitué la routine à la méthode. En le remplaçant par quelqu’un de capable, les enfants seront mieux élevés, plus instruits et ne seront pas obligés, surtout pendant l’hiver, d’aller à quatre, cinq et même six kilomètres de là par des chemins affreux, chercher l’éducation dont ils ont besoin.

A cette époque, la commune n’avait pas de local destiné à l’école. Mademoiselle de Tournon qui possédait un château à Curbigny n’avait pas encore fait l’avantageuse proposition de mettre à disposition un bâtiment « avec l’ameublement nécessaire à une sœur institutrice et ce pendant qu’il conviendra aux habitants de Curbigny d’y garder la sœur. »

Par la suite, monsieur Quelin ira à Baron où l’inspecteur le jugera fort médiocre.

Attendu ensuite à Suin en 1856, il recevra la visite de l’inspecteur à son domicile en novembre 1856 et se fera porter malade pour rhumatismes jusqu’en mai 1857.

Son dernier poste sera à Bois Sainte Marie en 1858. Le curé en était désespéré : il conjurait et suppliait l’inspecteur d’avoir pitié de la pauvre petite commune et de « donner au plus tôt un instituteur qui puisse instruire les enfants qui sont depuis trop longtemps abandonnés et livrés à eux-mêmes sous la direction du pauvre père Quelin qui n’a pas la moindre autorité sur ses élèves (…) Vous comprenez parfaitement quels peuvent être le chahut et le désordre d’une école où tous sont maîtres excepté l’instituteur, où les élèves entrent quand bon leur semble et se sauvent de même à la barbe de leur maître. Si c’est un mal nécessaire que le père Quelin soit toujours instituteur, que ce ne soit pas nous tout seuls qui en supporterons tout le fardeau. »

Ensuite, rentier, monsieur Quelin vint vivre au bourg de Curbigny (on ne sait pas où puisqu’il avait auparavant vendu sa maison au secrétaire de mairie)

*1- « C’est un homme âgé de 77 ans, nul maintenant parce qu’il s’enivre souvent. Il en fait trop tout à la fois et il dénonce tous les jours et calomnie tous ceux qui ne veulent pas faire ce qu’il ordonne, car c’est un maire qui ne fait qu’ordonner comme un pacha. »

*2 – « Homme d’esprit mais sans consistance et qui ne mérite aucune confiance de la part de l’administration. Il est fort remuant et a cette éloquence de marchand de baume qui a tant de prise sur les hommes des campagnes. »

*3 – «  Si votre commune jouit bientôt des bienfaits de l’enseignement, écrit-il au maire, c’est à votre zèle à qui elle en sera redevable. »

*4 – l’autre école sera fermée le 14 janvier 1851 par ordre du procureur de la République (l’instituteur étant « adonné à la boisson » d’après le curé.)

*5 – Jeanne Marie Fayard, native de Gibles est âgée de 25 ans et s’occupe de 25 enfants, dont 21 filles, dans son école. Elle ne leur donne que des leçons de lecture mais elle dit à l’inspecteur qu’elle est en mesure de donner des leçons d’écriture et les premiers éléments de la grammaire. Bien considérée dans la commune. On lui conseille d’obtenir le permis d’enseigner et… de renvoyer les quatre garçons !

Sur le docteur Circaud : voir

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