La faute de l’abbé Dury

En 1856, les autorités avaient du souci avec certains curés qui continuaient à faire chanter le Domine salvum fac regem, sorte de God save the King, alors qu’on avait un magnifique Domine salvum fac Imperatorem nostrum Napoleorem tout juste composé par Gounot !  (ici)

Pas trop grave, c’était surtout des vieux grincheux de curés qui n’avaient pas suivi l’actualité (Louis Philippe avait été balayé par les journées de 1848)

Le sous préfet de Charolles avait une affaire bien plus grave sur les bras : l’instituteur public de Saint Germain en Brionnais était cocu.

Et l’auteur de son infortune était le curé.

Comme si ça ne suffisait pas que l’abbé Dury soit en guerre ouverte contre le maire, ancien juge d’instruction, qui avait porté plainte contre cet individu qui lui avait refusé le pain bénit (plainte irrecevable, un juge d’instruction devrait le savoir !)

Le malheureux instituteur avait demandé sa mutation dans la ville voisine d’Amanzé… où sa femme ne voulut pas le suivre. Ce qui permit au curé de continuer ses habituelles fréquentations en répandant partout, comme un contre-feu, que le maire se permettait des privautés de même nature avec sa domestique (le sous-préfet pense intimement que c’est vrai, mais que « la situation n’est pas absolument identique ». Pourquoi ? Il ne le précise pas)

Dans une lettre non signée au curé de Charolles (l’émotion sans doute), le maire donne les détails scabreux du scandale :

« En 1845, monsieur Dury, notre curé, entretint des relations si fréquentes avec la maison G. instituteur que bientôt la malignité publique s’en empara et la jugea criminelle. Ces méchants propos acquirent un caractère de publicité telle que G. informé s’alarma, se fâcha et interdit l’entrée de sa maison au curé pour mettre fin à ces suppositions malveillantes.

Le sentiment de son innocence, la dignité de son caractère, la prudence la plus ordinaire devaient dicter à monsieur le curé la conduite à tenir : il fallait s’abstenir de fréquentations avec cette femme.

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Malheureusement, ce ne fut point le parti qu’il prit. Ne pouvant plus aller comme autrefois chez G., la femme se rendait chez lui ou il venait chez elle mais toujours en l’absence du mari. Ses voisins l’y ont trouvé vingt, quarante, cinquante fois. Des signes d’intelligence ont été convenus entre eux, on les a surpris se les faisant, la T. dans sa cour ou sur sa galerie d’escalier, le curé sur la ( ?) de la cure. On a même dernièrement saisi cette particularité que, pour appeler l’attention de la T., le curé fermait avec force sa porte. Les uns les ont surpris dans des lieux couverts et écartés, d’autres dans l’intérieur de la cure, d’autres dans maison G. le soir et sans lumière.

On dit que la T. choisit pour se rendre à la cure les moments où la sœur du curé [qui vit avec lui] se trouve absente. Ils poussent aujourd’hui l’oubli des ( ?), gênés par la présence de l’instituteur, jusqu’à se communiquer leurs pensées par une petite fenêtre d’une écurie donnant sur la rue. »

Et mauvais caractère avec ça  le curé : un dimanche, il descend de sa chaire pour forcer un homme à s’agenouiller (sans y parvenir toutefois !), remonte suffocant de colère en jetant l’injure du haut de sa chaire sur un vieillard de 72 ans… l’adjoint du maire.

L’instituteur décèdera en 1869 (sa femme en 1889 !)

On trouve l’abbé Dury  encore à St Germain en 1866.

PS Je ne connais pas cet ecclésiastique. Certainement pas de la famille !

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2 commentaires sur “La faute de l’abbé Dury

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