Salauds de pauvres (bis)

Les campagnes sont devenues aussi dangereuses que le chemin de ronde des fortifications de Paris.

C’est que, depuis vingt ans, tous les ressorts administratifs sont cassés.

Du haut en bas de la hiérarchie, pas un ne fait son devoir.

Les lois sont considérées comme des en-cas dont l’observation n’est pas obligatoire et, pour ce qui est des simples règlements, on ne se donne pas la peine de les lire. Du garde champêtre au directeur de la sûreté publique, en passant par la mairie et la caserne de gendarmerie, tout le monde est en faute.

Il est difficile de former une statistique exacte du vagabondage car on en sait pas où cet état commence ni où il finit. Cependant, on a ordonné aux gendarmes de toutes les brigades de demander, le même jour, leurs papiers à tous les individus suspects qu’ils rencontraient. C’est ainsi qu’on en a recensé 25 000. Si l’on tient compte des malades, des prisonniers et de ceux ont pris la traverse, on peut être certain que le contingent est d’au moins 30 000 individus qui, entre ce qu’on leur donne et ce qu’ils prennent ou détruisent, prélèvent une contribution journalière de 100 000 francs, semant en outre la terreur, colportant la vermine, propageant le mauvais exemple et se conduisant partout en ennemis publics.

Par une étrange fatalité, il semble que les autorités les plus élevées, par une fausse philanthropie, augmentent le mal : ainsi on a créé des feuilles de route qui impliquent le paiement d’allocations de secours de route, insuffisants pour que l’homme puisse en vivre mais suffisants pour lui donner le droit légal de vagabonder et le mettre à même de marauder tout en pouvant exhiber la pièce de deux francs qui doit le rendre sacré pour le gendarme.

chemineau

un ennemi public

Si on comprend que l’on ne puisse pas empêcher des citoyens français de voyager en roulotte et de camper sur les champs de foire, il est incontestable que c’est un droit et un devoir que d’interdire cette faculté barbare aux étrangers. Il faut donc refuser rigoureusement l’entrée en France aux troupes de bohémiens qui, sous des costumes plus ou moins pittoresques, exercent des métiers plus ou moins honnêtes.

Quelques mesures proposées :

Reconstituer les cadres et le personnel de la milice de la sûreté publique
Rendre plus efficace l’œuvre de la police par le concours de la justice
Susciter chez tous les agents qui concourent à la police générale un renouveau de zèle
Réveiller chez tous le sentiment de la responsabilité
Mettre de la suite dans les idées et de la constance dans l’exécution

 

Extrait du Rapport de la commission pour rechercher les moyens d’améliorer la police du vagabondage et des campagnes – présidée par monsieur le sénateur inamovible de Marcère
Publié dans L’Écho du Charollais le 8 février 1898

 

Salauds de pauvres !

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