Chute du mur

On a vu ici comment le marquis de Noblet avait réussi, en décembre 1860, à s’approprier le chemin de la garenne au détriment de la commune de Curbigny.

C’est une décision de justice, on ne critique pas…

Mais on apprend, par un acte du 2 mars 1861 (*), que de Noblet a confié « depuis plusieurs années » des travaux à un entrepreneur de maçonnerie, notamment « la construction d’un mur devant avoir, en comptant la partie déjà faite depuis la tour jusqu’au chemin dit de la garenne, une longueur totale de 2000 mètres sur 3 mètres de hauteur. »

Cet acte prévoit que les travaux de construction du mur (avec grille à l’entrée du chemin de la garenne) devront être exécutés dans un délai de quatre ans commencé le 11 novembre 1860, soit avant que la Cour d’Appel de Dijon ait statué sur la propriété du chemin de la garenne…

mur Noblet

Et, en plus, c’est moche, hein ?

 

 

(*) acte Me Monmessin, la Clayette.

 

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Kermesse à Drée

Nous sommes en 1947, l’été est presque fini.

L’école libre de Curbigny a bien du mal à fonctionner…

Dans un bâtiment acquis le 18 janvier 1849 à la barre du tribunal de Charolles par la comtesse de Tournon, des travaux ont été réalisés en 1859 pour y établir une école.

1859plan école

Les frais de fonctionnement seront pris en charge pendant des décennies par le château de Drée.

En 1934, par exemple, le château paie le traitement de l’institutrice, le chauffage, l’éclairage, les fournitures, la soupe des enfants… plus de 6000 francs sans compter les travaux, les impôts et les assurances.

Pour remplir les caisses, on organise donc une grande kermesse dans la cour du château de Drée le 7 septembre. Un monsieur Maillet s’occupe de l’organisation. C’est visiblement une personne qui aime l’ordre : tout est mentionné dans un document de plus de vingt pages, tapé à la machine, qui décrit chaque animation (il y en a près de 30) avec grande précision.

1947kermesse pour l'école de Drée5

On avait prévu la visite des prisons (finalement, c’était peut-être immoral d’en faire une attraction)

1947kermesse pour l'école de Drée6

Le trésorier de l’opération est Claudius Dury, mon grand-père (sa femme est à le vente des sandwichs et son gendre au micro).

Après une superbe journée, le résultat est assez conséquent, avec 765 entrées payantes :

1947kermesse pour l'école de Drée11

Le détail n’en est pas moins intéressant,

1947kermesse pour l'école de Drée10

pas besoin de préciser que la plus grosse recette fut la buvette dont la meilleure partie était fournie par

1947kermesse pour l'école de Drée12

 

Source archives de Drée B31 (merci Claude) –

La fin de l’assistanat, c’est pour quand ?

1856les gens ne veulent pas travailler1

Ce n’est pas facile, Mademoiselle, de faire travailler, on préfère mendier !
Ou alors on trouve des gens qui veulent bien travailler mais à des prix fous

 

1856les gens ne veulent pas travailler2

Je prie bien Mademoiselle de ne pas trop me croire négligent, j’emploie mes bras du matin au soir puisque, dans ce pays, on préfère mendier que de se prêter au moindre travail.

En attendant le plaisir de vous voir arriver en votre château, je suis…

 

Lettre adressée par Pierron, régisseur du château de Drée, à Mademoiselle Alix Amélie Hélène Françoise Rose de Tournon Simiane

 

Merci à Claude de Coublanc qui a numérisé des dizaines de milliers de documents issus des archives du château de Drée

1850 : annexion par la Clayette d’une partie de Curbigny, un casus belli

Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de participer aux journées d’études proposées par Histoire et Généalogie du Sud Brionnais à Chauffailles les 11 et 12 juillet 2017 (*) :

présentation2

 

On est à la fin de l’année 1842.

Depuis longtemps, les habitants du hameau Briant à Varennes sous Dun veulent faire sécession pour rejoindre la commune de la Clayette

D’abord rapport au spirituel,
l’église de Varennes est trop loin
il faut faire un chemin pas possible pour y aller et aussi y envoyer les enfants à l’école (et pendant qu’ils marchent pour aller et marchent pour revenir de l’école, ils ne sont pas à aider leurs parents ! imaginez ce que ça veut dire pendant les moissons.)

Et si un accident arrive, le médecin, le prêtre sont là, tout proches à la Clayette. Ben non, il faut traverser la Clayette dans toute sa longueur, ainsi perdre un temps si précieux au malade… regrets éternels parfois.

Briant_Varennes3

Mais les habitants sont aussi animés de raisons bassement matérielles et intéressées, la Clayette étant très commerçante.

Ils pétitionnent donc avec grande confiance.

Quelle aubaine, se dit le maire de la Clayette, en recevant cette demande…
Il faut dire que la Clayette, autrefois annexe de Varennes, quelques habitations groupées autour du château, était devenue chef lieu de canton à la Révolution avec justice de paix, notaires, fonctionnaires, foires et marchés.

Mais avec ses 26 hectares, quelle pitié ! La commune, très petite commune, avait déjà dû installer son cimetière sur le territoire de Briant, son champ de foire sur Baudemont, sa future promenade (des frais énormes, d’après Curbigny), en partie sur Varennes. Ça le fait pas pour une commune de 1300 habitants.

Aussi, 5 jours après avoir reçu la demande des habitants de Briant, le maire la présente à son conseil en la détournant à son profit en proposant l’extension de la Clayette sur les communes voisines, Varennes bien sûr mais aussi Baudemont et Curbigny. Un Anschluss, quoi !
– Ces communes n’ont-elles pas un grand intérêt à la prospérité et à l’agrandissement de la Clayette, le centre de leurs relations, déclare le maire ?

– ah ben non… dit-on à Curbigny ! qu’est-ce que c’est que ces manœuvres ?
On est chez nous !

– Avec ce projet, on perd de la surface (ndlr la commune conserve quand même près de 1000 ha)

– On perd l’hôtel de Bourgogne ! Il s’y produit de la fraude à l’octroi ? pas notre problème…

– Mais surtout on perd des habitants : 437 habitants à Curbigny deviendraient 385. Comment va-t-on pouvoir un jour construire une maison communale ? payer enfin un garde champêtre ?

Ce serait 19, 57 francs de perdus par an pour le budget communal (environ 1000 F)
et 27 journées d’homme, 24 journées de bœufs, 9 journées de chevaux, 6 journées de char, 12 journées de tombereau !

– Déjà que les habitants du hameau de Rondets veulent être rattachés à Saint Symphorien des Bois !

– Alors quoi ? on veut « rayer Curbigny du nombre des communes », proteste le conseil de Curbigny 16/7/1843 ?

Les habitants de Curbigny pétitionnent et n’hésitent pas à terminer leur pétition par les propos du préfet lui-même, monsieur Delmas, qui avait écrit dans « Quelques vues de réforme sur le régime administratif » :

« Les communes telles qu’elles sont constituées aujourd’hui ont acquis une individualité qu’on ne peut plus détruire. Des liens de communauté d’intérêt, des habitudes de voisinage et des relations journalières ont groupé autour du clocher ou de la maison commune des hommes accoutumés à se regarder comme faisant partie de la même société, qui ont personnifié la commune et qui tiennent à son existence.

Une administration sage respectera toujours l’existence des communes et n’y portera atteinte que de leur consentement ou lorsque l’avantage d’un changement de circonscription sera évident et généralement reconnu. »

Le marquis de la Clayette, qui possède une grande partie de Curbigny, est le premier signataire. Il a peut-être bien inspiré la pétition. Je ne pense pas qu’aucun habitant de Curbigny ait jamais lu monsieur Delmas.

Il y a une enquête publique, une profusion d’observations négatives.

« Allégations puériles » déclare le conseil de la Clayette, c’est surtout que trois cabaretiers craignent d’être compris dans l’octroi de la Clayette.

Et le maire en profite pour se moquer du commandant de la garde nationale de Curbigny qui se plaint de perdre 3 officiers sur les quatre que compte son unité :

Véritablement, les habitants de la Clayette qui sont d’une nature pacifique ne se doutaient guère d’inspirer si près d’eux une vocation aussi martiale !

Le sous préfet de Charolles appuie le projet de la Clayette devant le conseil d’arrondissement en 1843 :

– Je ne partage point cette opinion sentimentale qui reconnaît une individualité aux communes. Je désire vivement l’adoption de circonscriptions nouvelles (…) composées d’une population et d’un territoire suffisant.  Ainsi, s’il s’agissait de supprimer la commune de Curbigny toute entière et de la diviser entre la Clayette, Baudemont, St Symphorien et Varennes, je n’hésite pas à donner mon adhésion au projet. Je dis plus : je prie le conseil de saisir cette occasion.

Il ne fait en cela que poursuivre un mouvement d’idées engagé depuis longtemps : déjà en Frimaire de l’an 11, son prédécesseur proposait de supprimer DIX communes dans l’arrondissement de Charolles, dont Curbigny.

Mais le conseil d’arrondissement estime que le changement envisagé par la Clayette est de nature à affaiblir les administrations municipales. C’est non.

Au contraire le conseil général (où siège le maire de la Clayette) trouve que le projet de la Clayette est excellent.

C’est frappant comme les arguments de cette instance semblent les mêmes que ceux du maire de la Clayette : l’exiguïté du territoire, le cimetière et la promenade hors les murs, le rendez-vous des affaires, l’impossibilité de surveiller le champ de foire (parce qu’il est sur une autre commune, tu parles d’un argument !), les fraudeurs de l’hôtel de Bourgogne…

Le 19 janvier 1844, le préfet estime qu’il y a lieu de donner une suite favorable à la délibération de la Clayette.

Il faut attendre six ans pour que la loi détermine la nouvelle délimitation entre la Clayette et Curbigny par rattachement et agrandissement.

1850loi agrandissement la Clayette

C’est le chemin de la garenne qui fait limite avec Curbigny :

 

LC après

Sept ans plus tard, la fièvre remonte à Curbigny.

  • la Clayette veut construire un hospice, très bien,
  • il paraît que c’est pour inspirer au peuple un attachement à l’Empereur (dixit le maire, 26 mars 1858), ma foi, on n’est pas contre
  • l’hospice serait construit sur la terre de la Matrouille qui appartient au marquis de Noblet, pas de problèmes

Mais on donne en échange le chemin de la garenne au marquis !

Comme les habitants de Curbigny, et au delà, persistent à passer par ce chemin (pour éviter les embouteillages de la Clayette) le marquis fera sauter le pont sur le ruisseau de la Bazolle et fermer les entrées du chemin

chemin de la garenne

De quel droit s’insurge le maire de Curbigny ?  Que peut invoquer monsieur de Noblet si ce n’est la résurrection des droits seigneuriaux dont le souvenir lui plait sans doute ?  s’exclame-t-il devant son conseil le 24 avril 1859

  •  Procès verbal par le commissaire de police
  •  Condamnation de Noblet par la Justice de paix (où on demande à son altesse d’être « plus circonspect à l’avenir dans ses réponses à la justice »)
  •  Le Préfet s’interroge sur l’utilité du chemin et sur sa propriété
  •  Tribunal de Charolles qui ordonne une enquête
  •  Le commissaire enquêteur pense que l’annexion du chemin serait une mesure regrettable

L’affaire provoquera la démission de 8 conseillers municipaux de la Clayette…
Mais, finalement, la cour d’Appel de Dijon donnera raison à de Noblet en décembre 1860… le chemin qui avait servi de délimitation entre les deux communes est reconnu comme propriété exclusive du marquis !
La commune de Curbigny, condamnée, ne votera qu’en 1863 le remboursement des frais de procès engagés par le marquis. (par dépit ?)

 

(*) voir l’excellent site

 

Sur la voie verte…

Un beau dimanche de juin…

voie verte

 

Un peu d’histoire…

La voie verte de Charnay les Mâcon, la première Voie verte de France, a été aménagée entre Cluny et Givry sur une ancienne voie de chemin de fer, celle de la ligne de Mâcon à Paray le Monial.

A Cluny, elle se connectait  sur celle venant de Chalon en direction de Roanne et qui passait à Curbigny.

voie verte train

La ligne Mâcon-Paray  fut ouverte à l’exploitation le 15 août 1870. 77 kilomètres, quel chantier que le fameux tunnel…

 

 

1870tunnel de Bois Clair

extrait du rapport d’inspection de la voie avant mise en service

 

La ligne de Chalon à Roanne, ouverte en 1888, sera fermée dans les années 40 comme la partie entre Cluny et Paray.

Il y avait des gens pas convaincus…

1911train dessin1

 

La partie Mâcon-Cluny restera en fonctionnement jusqu’en 1968…

voie verte Charnay

 

2017

20e anniversaire de la voie verte

programme

Où sont passés nos châteaux ?

On n’évoquera pas, de nouveau,  L’énigmatique château d’Anglure sous Dun

Mais il y a d’autres énigmes :

A Saint Racho, plusieurs actes évoquent la présence d’un château à Collanges, en dessous du bourg, à proximité de l’actuel cimetière

par exemple, une convention de 1757 indique que Simon Durix a été nommé tuteur des enfants Gauthier par la justice de Collanges le 7 mai 1712.

En 1793, un Grandjean achète une partie des biens nationaux de l’émigré Vichy, dont la tour de Collanges

Le château figure sur la carte de Cassini…

Collanges

Aujourd’hui… même pas un tas de cailloux. L’ancien maire de Saint Racho n’en a jamais entendu parler.

A Saint Igny de Vers, le château de la Garde possédait une basse justice devant laquelle Philippe Durix s’était trouvé plusieurs fois (il s’oblige d’ailleurs envers le notaire Geoffroy en 1781 pour ces instances).

En 1708 a lieu, à Saint Racho, le mariage du Comte de la Garde : messire Antoine de Montchanin venait de son château de la Garde, à Saint Igny de Vers, pour la célébration de son mariage avec demoiselle Eléonore de Fay de Maubourg.

En 1763, l’héritière du curé de Saint Racho fait convoquer devant le juge de la Garde le maréchal ferrant du village dont la fille avait découvert le magot du curé dans des circonstances un peu gênantes à raconter ici (on en trouvera le récit dans l’excellent  ouvrage de référence qu’on s’arrache, Sur la terre)

En 1795, le notaire de Saint Igny de Roche établit la vente du vestibule et de la cour du  ci-devant château de la Garde, une partie de ce qui avait été adjugé par la Nation le 28 ventôse an II (District de Villefranche sur Saône).

Le cadastre mentionne encore ce château en 1825…
François-André Varnet, dans Géographie du département du Rhône. [1898] indique :  à la Garde, on remarque un ancien château qui remonte au XVe siècle.  (BNF/Gallica)
Aujourd’hui… aucun relief :

St Igny château la Garde sur aérien

En 1801, des experts se penchent  sur  le devenir de la tour du château de Chamron  à Saint Julien de Jonzy :

La veuve de Claude Gilbert  Chevalier  leur fait observer que, des bâtiments du ci-devant château qui s’écroulent par vétusté, il reste en leur milieu une grande tour. Las, le mur du sud vient de tomber, entraînant tous les murs intérieurs et les planchers…

Les experts mesurent : 42 pieds sur 34 et 100 pieds de hauteur, avec des murs de 5 à 6 pieds d’épaisseur. Pas un simple pigeonnier, en somme.

Mais la suite est facile à prévoir : messieurs les experts sont d’avis qu’il y a tout intérêt à vendre aux enchères ce qui reste de la tour, qui s’éboulera infailliblement.

Un internaute spécialiste de la famille de Vichy (*) a eu l’amabilité de m’envoyer un ouvrage dans lequel il évoque le château de Chamron d’où j’extrais avec son autorisation le plan des lieux :

château Chamron5

Au moins, pour ce château, c’est clair… Il ne reste plus rien (ou presque)

château Chamron IGN

Pourtant, la description suivante (*) donne une idée de la bâtisse :

Le château de Chamron consistait originellement en une grosse tour octogonale creusée d’une porte au tympan armorié. Restauré et partiellement reconstruit en 1738 par Gaspard III, frère de la marquise de Chamron, le logis central présenta alors une tour quadrangulaire haute de trois étages, flanquée de deux pavillons et mansardes, offices, caves, cuisine, pont-levis au nord pour accéder aux appartements. Les abords s’agrémentaient de deux grandes terrasses avec jardins à la française, colombier, glacière et même une chapelle dédiée à Notre Dame des Bonnes Nouvelles.

A la Révolution, l’ensemble fut vendu comme bien national pour 106 000 livres.

Enfin, plus près de nous, début février 1930, on démolissait le château de Saint Christophe en Brionnais construit cent ans auparavant par le comte de Busseul sur l’emplacement du manoir du marquis de St Christophe.

Le journal qui relate l’événement ne dit pas pourquoi, tout en précisant que le bâtiment aurait encore défié les siècles.

On imagine l’émotion des habitants qui avaient vécu dans son voisinage, qui avait été fermiers des terres ou qui y avaient servi.

château Saint Christophe

collection Archives Départementales

Sur la propriété se trouvait la source thermale  qui a fonctionné jusqu’en 1914.

(*) Merci à Pierre E. Richard pour ses

  • Lettres inédites de Madame du Deffand à sa famille (1724-1780),  éditions Michel de Maule, Paris, 2007. (ISBN 9782876232136)

Sage femme

Le 12 janvier 1782, un chirurgien de la Clayette tire « du sein de sa mère » une fille qui, malheureusement, ne vivra pas.

On la baptise mais l’acte de monsieur le curé ne donne pas le prénom, peut-être parce que le baptême a été donné par le chirurgien…

1782césarienne

le 12 février 1783, à Curbigny, Jeanne Lamboraud met au monde un enfant… et meurt deux semaines plus tard.

Le veuf se remarie le 10 juin avec sa bonne. Six mois plus tard, elle met au monde un enfant… qui décède dans les premiers jours.

Naître… et demeurer

« Depuis longtemps, j’entends le public se plaindre de l’inexpérience des sages-femmes de la campagne. Une des principales causes du dépérissement de l’espèce humaine dans les campagnes est l’insuffisance des sages femmes dans l’art des accouchements qu’elles pratiquent sans connaissances, d’où il résulte trop souvent qu’elles font périr en même temps la mère et l’enfant ou mutilent l’un et l’autre de manière qu’ils restent languissants pendant leur vie. »

ainsi s’exprime, le 7 janvier 1782, Monsieur Girard Labrely, syndic des Etats du Mâconnais, devant Monseigneur l’évêque de Mâcon, chef et président né des Etats particuliers du Mâconnais.

Il a une proposition à faire :

Des femmes seront instruites gratuitement dans l’art des accouchements. Ainsi, dans peu d’années, on ne verra plus autant de mères et tant d’enfants mourir par la seule faute des sages-femmes.

Les femmes sélectionnées devront

  • être mariées
  • avoir plus de dix-huit ans
  • avoir la main propre aux opérations de l’art d’accoucher, c’est à dire petite et les doigts longs
  • avoir une constitution robuste
  • ne montrer à l’extérieur aucune infirmité dégoûtante
  • et marquer sur elles un air de propreté.

 

C’est monsieur le curé qui sera chargé de recruter les candidates…  avec l’aide des femmes de sa paroisse qu’il réunira dans son église, porte fermées et sans la présence des hommes.

Régime prévu :

Les élève se lèveront à cinq heures et demie puis elles s’habilleront, feront leur lit et prieront Dieu en commun

Travail de 6 h du matin à 8 h
De 8 à 9, elles entendront la messe
Déjeuner de 9 h à 9 h 30
Travail jusqu’à midi
Dîner une heure
Récréation une demi-heure
Travail de 13 h 30 à 15 h
Promenade avec la sage-femme de 3 à 4
Goûter une demi-heure
Travail jusqu’à 19 h 30
Souper et récréation jusqu’à 20 h 45
Prière du soir en commun jusqu’à 21 h

Elles se coucheront ensuite, chacune dans un lit particulier

Tous les mois, elles s’approcheront des sacrements

La nourriture sera réglée comme il suit

Pour déjeuner pain bis de ménage, fruits ou fromage, eau, vin
Pour dîner soupe, entrée et bouillie (pour les jours maigres, soupe, poisson, œufs ou herbages apprêtés)
Pour goûter pain, fruits ou fromage
Pour souper salade et rôti (pour les jours maigres, salade, œufs, poissons et herbages)

 

En 1791, le boucher Chassy de la Clayette demande que sa fille soit admise aux cours d’accouchement de Mâcon.

Pas de chance, il y a déjà une candidate.

Il faudra que le District de Marcigny insiste : « les sujets dans l’art d’accoucher ne sauraient être assez multipliés »

Le Directoire de Saône et Loire, hésitant, accepte après moult avis.

On verra encore longtemps en Brionnais mourir femme et enfant…