Service public ?

On se plaint du service postal à Curbigny (*).

Pensez que Jean Louis Corneloup qui habite au Fourneau, quasi sur la route de la Clayette à Charolles et dont la maison est à peine à 2 kilomètres de la Clayette ne voit jamais venir le facteur avant 5 HEURES DU SOIR, quand ce n’est pas même à 8 heures…

Franchement, monsieur le directeur des Postes et Télégraphes, vous dont le zèle et le dévouement sont bien connus, ne pourriez-vous pas trouver un moyen d’améliorer cet état de chose ?

On est en 1913  quand même !

Ça fait vingt ans qu’on fait remarquer que les facteurs qui reçoivent le courrier par le train de 6 h 34 devraient pouvoir quitter le bureau de la Clayette avant le soir ! Ce qui fait que ces dévoués fonctionnaires travaillent la nuit.

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Jour de fête (Jacques Tati – 1949)
(*) délibération du conseil municipal du 25 mai 1913

Pourtant, que la montagne est belle…

C’est exactement ce que pensait Philippe Durix en voyant s’éloigner son fils Nicolas et ses sept enfants qui quittaient Saint Racho pour aller s’installer à Gibles, en 1803.

La montagne de Dun avait perdu son charme pour Nicolas après le procès qui l’avait opposé à son père à propos d’une obligation contenue dans son contrat de mariage qu’il n’avait pas respectée.

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Saint Racho vu du bois de Fray

Quelques années plus tard, Philippe étant décédé en 1812, personne ne se lamenta sur le départ de trois de ses petits enfants à Saint Igny de Vers… dans le Rhône !

« Ils quittent un à un le pays pour s’en aller gagner leur vie loin de la terre où ils sont nés… »
Comment ne pas penser à cette chanson que plusieurs milliers de personnes reprenaient en chœur  sur la Place de la Résistance à Antraigues, lors des obsèques de Jean Ferrat le 15 mars 2010 ?

En 1970,  j’ai assisté à un de ses concerts,  à la Maison de la culture du Havre. J’y ai fait ces photos, que je pose ici en hommage…

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Dansant sur la chanson « Cuba si »
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Au bar de la Maison de la culture, après le concert

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Pendant ce cliché, il dira aux gens qui l’entouraient que la photo de couverture d’un de ses albums était l’œuvre d’un amateur.  J’aurais pu avoir ma chance !…
J’ai quand même eu droit à un autographe.

autographe

« Il faut résister à tout ce qui avilit. Résister, c’est le seul message que j’aimerais laisser avant de partir. » (Le Parisien, 7 novembre 1991)

Salut l’artiste…

 

Théorie du genre

Novembre 1918, pendant qu’on fêtait bruyamment la fin de la grande boucherie de la guerre, le triomphe de l’unité nationale, de la civilisation sur la barbarie… savez-vous ce qui se passait d’horrible chez nous, à Bois Sainte Marie ?

Les enfants de l’orphelinat de madame de Rocca étaient mélangés, dans la même classe garçons et filles !

Horreur !

Et pourquoi cette innovation, pourquoi cette tentative déplacée de coéducation des sexes ?

(pas de réponse, c’est bien la preuve, hein !)

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S’il s’agissait d’enfants ordinaires, leurs parents pourraient réclamer et ils ne s’en priveraient pas.

Mais ce sont des orphelins, deux fois sacrés  – dit le prude journal le Réveil (1, ce sont des enfants ; 2, ils sont privés de la tendresse de leurs parents NDLR)

 

Il nous suffira sans doute de signaler le fait aux autorités pour faire cesser cet état de choses que tous nous lecteurs jugeront certainement inadmissible.

(informations fournies par le Réveil, novembre 1918)

 

 

 

 

 

 

 

Non à l’ouverture dominicale !

– Mais où va-t-on si les magasins d’objets de piété sont ouverts le Jour du Seigneur !

– C’est honteux !

Voilà ce qu’on entendait autour de la basilique de Paray le Monial le dimanche 19 août 1917.

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image archives départementales de Saône et Loire

Des pèlerins scandalisés, à juste titre, devant le spectacle de ces marchands du temple affairistes qui ne respectent plus rien !

Un de ces boutiquiers essayait de se justifier (cris divers dans la foule) :

– C’est précisément ces jours-là que nos ventes sont les meilleures…

– Au moins, mécréant, vous pourriez respecter le temps des offices religieux !

« Réclamation justifiée » parue dans le Réveil du 26 août 1917

C’est encore un peu tôt pour les bus Macron. Les pèlerins venaient en train (celui de 5 h 10 à Perrache qui arrivait à 9 h 54 à Paray.)

Maudite soit la guerre

Auguste Dury, cousin de mon grand-père paternel, disparaissait le 2 octobre 1915 lors de la bataille de Champagne. Jamais retrouvé.

Témoignage d’aumônier :

 J’avais une quarantaine d’hommes à ma disposition que je divisais en trois groupes pour parcourir méthodiquement le champ funèbre. Les premiers cadavres que nous découvrons datent de combats livrés six mois plus tôt. Tombés entre les lignes, nos malheureux compatriotes ont attendu tout ce temps une sépulture, une pelletée de terre qui recouvrira leur dépouille. Plus aucun signe d’identité ne permet de donner un nom à ces braves. Une grande croix dominera ce lieu dont les hôtes oubliés disparaîtront bientôt dans l’humus du sol : sur deux planches nouées d’un fil de fer j’inscris « Douze soldats français reposent ici, une vingtaine dans le voisinage. Que Dieu recueille leur âme ? »

Les cadavres récents sont moins affreux. Ces clairs visages de vingt ans riaient encore il y a quelques jours. Ils pensaient à la bataille sans souci. A peine en marche, ils furent fauchés au commencement de l’assaut, cent mètres en avant de nos lignes. Tout leur élan a été brisé par un morceau de métal, tout leur rêve.

 
Peu de corps sont gravement mutilés. Nous détachons les plaques d’identité suspendues au poignet ou au cou pour les fixer à la croix de chaque tombe. Une fiche sera jointe au paquet de souvenirs que l’on retire de chaque défunt, inestimable richesse pour ceux qui les pleurent.

 
Il n’est pas facile de procéder à cette exploration. Les capotes sont boutonnées, raidies par l’humidité, enveloppées d’un réseau de courroies auxquelles sont suspendus sacs, cartouches, bidon, musette. Le sang et la boue coagulés revêtent les poches d’enduit. Les soldats cachent dans leur vêtement de dessous les objets les plus précieux. Nous les déshabillons  pour aller chercher jusque dans une pochette de la chemise ou dans une doublure de pantalon la médaille qui fut cousue par une main pieuse, le portefeuille bourré de lettres familiales. On retire tout pêle-mêle, du linge, du tabac, du papier à lettre, un bout de chandelle et les papiers, carnet de route, images de piété, portraits… Paperasses froissées, flétries, détrempées par la pluie, souvent tachées du rouge et même transpercées par le projectile meurtrier.

 
L’ensevelissement se fait avec peine. Sur ce sol criblé de trous et ravagés par l’incessante pluie, les hommes s’épuisent à porter leurs civières pesantes. Ils sont en vue de l’ennemi qui poursuit de son tir d’artillerie les moindres rassemblements. Nos silhouettes dessinent sur la hauteur des cibles dangereuses.

 
Tous ces défunts d’hier recevront-ils beaucoup de prières des survivants ? Je m’agenouille à la lisière de la nécropole. Mon De profundis s’élève vers le ciel.

Auguste Dury, 20 ans, peut-être un de ceux-là :

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Photo in Gallica : En Champagne : vision de bataille : [photographie de presse] / Agence Meurisse

 

Supprimons 500 000 postes de fonctionnaires

Après le ptérodactyle ; le plésiosaure et l’iguanodon, un être vivant est, dit-on, sur le point de disparaître au grand regret des amateurs d’histoire naturelle : il s’agit du mammifère budgétivore appelé Bureaucrate.

Le bureaucrate est un ruminant anthropomorphe, généralement recouvert d’une jaquette démodée et d’un pantalon dont les genoux forment poches. Il a très souvent la vue fort basse et porte lorgnon.

Le bureaucrate fait ordinairement son nid dans des monceaux de papiers, lesquels papiers il a d’abord noircis d’écritures compliquées mais inutiles. Il se nourrit de vagues ratatouilles qu’il cuisine à l’abri de dossiers en piles. Et puis il baille. Quand il ne baille pas il fume. Quand il ne fume pas il crache.
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Le bureaucrate va périr, anéanti par lui-même, comme le scorpion.

Les personnes désireuses de s’instruire qui n’auraient pas encore étudié les mœurs de cet animal d’un autre âge feront bien de se hâter. Elles en trouveront les derniers spécimens  dans les administrations publiques, les postes…

Pour assurer l’entière sécurité du public, les phénomènes sont exposés derrière des grilles.

Georges Delamare
La Croix de Saône et Loire
Novembre 1916

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Contre la disette, le Ministre propose… le respect de la Loi (*)

Le 25 janvier 1847, le comte Charles Marie Tanneguy Duchâtel, ministre de l’Intérieur, attire l’attention du Préfet de Saône et Loire :

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Les violences commises dans plusieurs localités à l’occasion du renchérissement des grains font un devoir à l’Administration d’employer tous les moyens que les lois mettent à sa disposition…  POUR ASSURER LE MAINTIEN DE L’ORDRE ET DE LA LIBERTÉ DU COMMERCE.
Il rappelle à cette occasion que les communes où se produisent des désordres ont une responsabilité civile  et que les dégâts causés à cette occasion ne peuvent être réparés par les deniers de la caisse municipale mais doivent être mis à la charge personnelle des habitants (**)
 

Ce rappel devrait, selon lui, éviter des « excès dus souvent à l’égarement des populations »

 

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Et alors, la mère, vous vous égarez !

 

 

 

 

 

(*) Autre solution : limiter le nombre de pauvres. Monsieur le ministre est aussi l’auteur d’un « Traité de la charité dans ses rapports avec l’économie sociale » dans lequel il préconise le malthusianisme.

 

(**) Tous citoyens habitant la même commune sont garants civilement des attentats commis sur le territoire de la commune… (loi du 10 vendémiaire an 4)