11 novembre

Le 11 novembre 1918, une vingtaine de jeunes gens de Curbigny pouvaient enfin penser retrouver le village :

Le curé Charpy, avait 42 ans lors de l’armistice. Il retrouvera sa paroisse le 4 février 1919 après avoir servi comme infirmier militaire pendant tout le conflit.

Claude Gateau, des Ranches, même âge, aura la « chance » d’être hospitalisé le 12 septembre 1918 une énième fois, comme Claude Valvin de la Roche. De son côté, Benoît Trouillet de la Bazolle avait été mis en sursis d’appel chez monsieur Guilloux en tant que spécialiste des machines à battre. Il est le frère de Jean Eugène, décédé en 1915. Enfin, Philibert Ladame, débitant de tabac, qui avait été blessé par éclat d’obus au Bois le Prêtre en avril 1915 et réformé temporaire, sera tout de même rappelé à l’activité en juin 1917 mais heureusement mis en sursis d’appel en octobre. Il a alors 40 ans. Jusqu’à la fin du conflit, il sera détaché à Charolles comme voiturier en grumes.

Jean Etienne Dury de la Bourdonnière, né en 1877 terminera la guerre au 35e Régiment d’Infanterie Territoriale, c’est à dire dans une formation adaptée à son âge… mais il revient quand même avec citation à l’ordre de son régiment et croix de guerre : avant d’être affecté à l’armée territoriale, il « a fait 16 mois de bons et loyaux services dans un régiment actif avec lequel il a pris part aux combats de l’Aisne en avril 1917. »

Pierre Gaillard, 39 ans au 146e Régiment d’Infanterie : après avoir repoussé l’ennemi au milieu de septembre 1918 vers Saint Mihiel, son régiment attend sans incidents l’armistice en faisant mouvement vers la région de Nancy. Il reviendra ensuite à la Lande.

Jules Dury, frère de Jean Etienne, terminera la guerre à l’âge de 38 ans au 8e Escadron du train où il est depuis son rappel le 11 août 1914.

Joanny Guilloux était aussi en sursis d’appel comme bûcheron aux mines de Saint Etienne. Ses parents l’attendent en Sarre.

Philibert Dury, frère de Jean Etienne et de Jules, fait prisonnier le 15 juillet 1918 à Tahure (Champagne) sera envoyé au camp de Langensalza en Allemagne centrale. Il en sortira au début de décembre, après un événement tragique. Le commandant de ce camp, sentant l’impatience des prisonniers après l’annonce de l’armistice, les avait prévenus par affiche qu’il exigeait le calme. La menace de répression, « au besoin par la force des armes », n’est pas une menace en l’air : le 27 novembre 1918, alors que les prisonniers démontent le théâtre du camp pour se chauffer, les gardiens perdent leur sang froid et tirent : 15 morts…

Pierre Larue, 34 ans, est au 120e Régiment d’Artillerie Lourde dans l’Aisne où il a le plaisir de voir les Allemands battre en retraite sur 50 kilomètres : « il ne faut plus songer à rattraper le Boche qui va trop vite » dit le Journal de son régiment le 6 novembre… Il reviendra à la Barbière avec une citation comme « conducteur brave et dévoué » qui s’était « particulièrement distingué par son entrain pendant les combats de Verdun. »

Jean Marie Delangle de Gueurce, lui c’est avec plusieurs citations qu’il reviendra du 27e Bataillon de Chasseurs à Pied. Il a 32 ans. Nommé sergent en juin 1918, c’est un « sous officier d’un courage admirable, il s’est lancé à l’assaut en tête de sa demi-section le 12 août 1918 malgré les violents tirs de mitrailleuses. » Il est grièvement blessé le 14 septembre 1918 à Vauxaillon en menant un combat à la grenade. Après l’armistice, il sera cité à l’ordre du Grand Quartier de la Guerre, le plus haut niveau, pour son « courage, son ascendant sur la troupe et son dévouement. »

Jean Gateau, frère de Claude, qui était boucher avant guerre, avait été nommé au début de 1918 dans le 118e Régiment d’Artillerie Lourde. Il est dans la région de Laon où l’armistice arrive sans fanfare.

Jules Delangle, le frère de Jean Marie, parti tardivement en février 1915 avait été blessé en mai 1918, hospitalisé à Santenay, puis à Caluire et à Lyon, il était en convalescence à Gueurce depuis le 2 novembre.

Claude Dury, frère de Jean Etienne, de Jules et de Philibert, est au 30e Régiment d’Artillerie de Campagne depuis mai 1918. Le mois de novembre 1918 passe lentement avec l’ennemi qui se replie devant eux dans les Ardennes jusqu’à l’armistice qui est annoncé alors que le régiment a atteint Houldizy au nord de Charleville-Mézières.

Antonin Delangle, frère de Jean Marie et de Jules, était cavalier de liaison. Après avoir passé deux ans en Albanie, il était revenu en France début septembre 1918 dans le 16e Régiment de Chasseurs à Cheval. C’est en route vers l’état major de son régiment, près de la frontière belge où il porte l’étendard de son régiment, qu’il apprend l’armistice.

« Quelle joie après tant d’aventures et de souffrances », note-t-il dans son carnet de guerre.

Pierre Guilloux, 26 ans, frère de Joanny, reviendra après avoir été blessé le 6 octobre 1918 au 22e Bataillon de Chasseurs à Pied, ce qui lui vaut une citation : « Mitrailleur très courageux. S’est particulièrement distingué pendant les journées des 4 et 6 octobre 1918, a été blessé en se portant en avant. » Leur frère Jean Augustin avait été tué dès le début du conflit, le 20 août 1914.

Pierre Minjollet avait quitté Espardière pour s’engager en octobre 1913 à la Clayette… Affecté au 16e Régiment de Chasseurs à Cheval, il a 24 ans quand arrive l’armistice. Il est en cantonnement dans la région de Compiègne.

Pierre Vouillon, 24 ans au 134e Régiment d’Infanterie, reçoit une citation à l’ordre de sa brigade en août 1916 pour « avoir porté de nombreux ordres sur des terrains violemment battus par l’artillerie et par les balles. » Il recevra la croix de guerre étoile de bronze. A la Bazolle, on pleure pourtant ses frères aînés, Henri, tué le 6 octobre 1915 à Tahure et Claude, tué à Fleury devant Douaumont le 2 août 1916.

Marcel Perrier de la Bazolle, employé de commerce chez Fayard à Gibles, se distingue dans le 160e Régiment d’Infanterie par une ascension remarquable : soldat de 1ere classe en mai 1915, caporal en septembre, sergent en octobre, adjudant en mars 1916, sous lieutenant en juillet, lieutenant de réserve en septembre 1918. Les appréciations sont élogieuses et les citations nombreuses, excellent gradé ; s’est distingué… ; jeune officier d’une bravoure allant jusqu’à la témérité ; debout sur le parapet… ; allant audacieux, entraîneur d’hommes. Finalement cité à l’ordre de son corps d’armée pour avoir réussi à faire progresser sa compagnie le 24 octobre 1918 malgré la violence du feu des mitrailleurs ennemis.

Antoine Sambardy,  des Bruyères, maréchal ferrant avant le conflit, était cavalier au 15e Dragons, régiment cité à l’ordre de la Division pour les combats de juillet 1918 à Saint Martin d’Ablois dans la Marne. Il apprend l’armistice alors qu’il est en cantonnement près de Toul.

Les 3 derniers, plus jeunes, avaient été appelés au front le 11 janvier 1916 par avance sur leur classe de 1917 :

Joanny Barbin, du bourg, était menuisier. Il est gravement intoxiqué en juillet 1918 par le cyanure de diphénylarsine que les Allemands ont envoyé sur son 248e Régiment d’Infanterie. Diffusé en aérosol assez fin pour passer la barrière du filtre des masques à gaz, ce gaz rampant forçait les soldats à tousser, éternuer ou vomir dans leur masque, et donc à l’ôter et à respirer sans protection.

Alphonse Grizard des Bois est au 131e Régiment d’Artillerie Lourde. Au moment de l’armistice, alors que son régiment fait une grande halte à Guise (Aisne), deux caisses de grenades explosent tuant deux officiers et blessant trois officiers et trois soldats.

Jean François Dumontet, jardinier du Chasset. Au 155e Régiment d’Infanterie, il sera blessé le 16 juin 1918 puis évacué pour maladie le 3 août, mais il rejoindra son régiment 17 septembre 1918 pour participer à plusieurs embuscades. Il sera cité à l’ordre de sa Division comme « soldat plein d’entrain et de courage »… Le 11 novembre à 11 heures, la sonnerie de « cessez le feu » retentit. La musique militaire joue la Marseillaise, « écoutée par tous avec le plus grave recueillement. »

 

20 soldats, liés au village de Curbigny d’une façon ou d’une autre, ne reviendront pas :

1918Curbigny soldats 11 novembre

Le 11 novembre dernier, le village s’est rassemblé  pour rendre hommage aux poilus en écoutant le texte ci-dessus, lu par des jeunes de Curbigny.

Curbigny 11 novembre5_2

 

 

Kermesse à Drée

Nous sommes en 1947, l’été est presque fini.

L’école libre de Curbigny a bien du mal à fonctionner…

Dans un bâtiment acquis le 18 janvier 1849 à la barre du tribunal de Charolles par la comtesse de Tournon, des travaux ont été réalisés en 1859 pour y établir une école.

1859plan école

Les frais de fonctionnement seront pris en charge pendant des décennies par le château de Drée.

En 1934, par exemple, le château paie le traitement de l’institutrice, le chauffage, l’éclairage, les fournitures, la soupe des enfants… plus de 6000 francs sans compter les travaux, les impôts et les assurances.

Pour remplir les caisses, on organise donc une grande kermesse dans la cour du château de Drée le 7 septembre. Un monsieur Maillet s’occupe de l’organisation. C’est visiblement une personne qui aime l’ordre : tout est mentionné dans un document de plus de vingt pages, tapé à la machine, qui décrit chaque animation (il y en a près de 30) avec grande précision.

1947kermesse pour l'école de Drée5

On avait prévu la visite des prisons (finalement, c’était peut-être immoral d’en faire une attraction)

1947kermesse pour l'école de Drée6

Le trésorier de l’opération est Claudius Dury, mon grand-père (sa femme est à le vente des sandwichs et son gendre au micro).

Après une superbe journée, le résultat est assez conséquent, avec 765 entrées payantes :

1947kermesse pour l'école de Drée11

Le détail n’en est pas moins intéressant,

1947kermesse pour l'école de Drée10

pas besoin de préciser que la plus grosse recette fut la buvette dont la meilleure partie était fournie par

1947kermesse pour l'école de Drée12

 

Source archives de Drée B31 (merci Claude) –

Laïcité

En 1930, la commune de Curbigny envisage de vendre un morceau de terrain public.

Terrain sur lequel il y a une croix qu’il faudrait peut-être déplacer.

Ouh la ! s’alarme le sous préfet de Charolles. Quoi, quoi ? une croix sur le domaine public ?
Il écrit au maire, mon ancêtre :
Je dois vous rappeler que la loi de 9 décembre 1905 interdit d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit. (1)

Le maire lui répond que la croix, érigée antérieurement à la loi du 9 décembre 1905, devra être déplacée de deux mètres environ mais sur le terrain à vendre.

Donc, si je comprends bien, se dit le sous-préfet, il y aura transfert d’un emblème religieux par la commune.

Mais sur un terrain privé. Donc ça devrait m’aller.

 

En réalité, cher ancêtre, il me semble bien que vous avez roulé le sous-préfet dans la farine, si j’en juge par la disposition des lieux.

1930croix chez Clerc4

 

 

(1) Il est interdit, à l’avenir, d’élever ou d’apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l’exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions. (Art. 28 )

On n’est pas des imbéciles, on a même de l’instruction…

En 1842, l’école privée de Curbigny est tenue par madame Sermet, institutrice sans brevet qui enseigne aussi à Colombier, ce qui veut dire qu’elle n’assure pas l’école tous les jours.

D’après le rapport de l’inspecteur, le local est détestable, l’enseignement est médiocre, les élèves sont peu surveillés (alors qu’à Gibles, ils sont surveillés par le maire – jamais par le curé, précise le rapport). Malheureusement, à Curbigny, « le maire est négligent pour l’instruction primaire. »

En 1851, l’institutrice a changé : Jeanne Marie Fayard, née à Gibles en 1825, assure maintenant l’enseignement, toujours sans brevet. Les livres employés sont passables mais l’école est bien tenue, l’éducation assez bonne. Le local est peu aéré et trop sombre.  A la fin de l’année, l’institutrice est partie (elle a dû passer le brevet). Elle est remplacée par sœur St Hugues de la congrégation de l’Enfant Jésus du Puy, mademoiselle Pierrette Vernay dans le civil, née le 11 avril 1830 à Vauban. Elle a un an d’ancienneté. Les livres employés sont de meilleure qualité et l’école est bien tenue, l’enseignement est bon, la conduite idem. Le rapport précise que c’est une école de filles.

On peut se demander quel bâtiment abritait l’école privée de filles puisque, d’après les écrits du curé de Curbigny, mademoiselle Alix de Tournon ouvrit à ses frais, en 1855 seulement, une école pour l’instruction des enfants de la paroisse et confia cette école aux Sœurs de la Sainte Enfance de Chauffailles, en fournissant le local. Peut-être une erreur du curé puisqu’on lit ailleurs que la commune dispose d’un bail avec madame la comtesse de Tournon depuis le 1er septembre 1853…

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plan de 1884 de l’école privée

 

Un siècle plus tard, fermeture de l’école…

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Pour les garçons, l’école publique :  on dit que l’école se trouvait dans la maison d’habitation que louait l’instituteur, une maison suffisante pour un ménage mais mauvais local pour la classe, humide, non aéré, malsain et sans préau. Un changement de local est souhaitable mais « les autorités locales sont peu disposées. »

Musique !

Mon grand-père, Claudius, le 4e des 17 enfants de Jean Antoine et Eugénie Alix, est le seul à s’être expatrié loin de Curbigny et de sa Bourdonnière natale. Peut-être pour y étudier au séminaire à Lyon et devenir prêtre, vocation contrariée par les événements ?

avec ses petits enfants à Curbigny (1952 ?)

Toujours est-il qu’il resta citadin, d’abord instituteur puis, à cause d’enrouements chroniques, comptable chez Vuillod Ancel, teintures et apprêts (Lyon 3e).  Ce qui faisait dire à son père, s’adressant à Antoine, son petit-fils :

– Qu’est-ce donc que vous avez été faire à la ville, ton père et toi ? C’est-y pas mieux ici qu’à l’usine ?(*)

Claudius aurait bien aimé venir plus souvent à Curbigny mais il y avait l’usine !

– J’ai monsieur Vuillod sur le dos pour de nouveaux pourcentages de retraite et j’ai encore deux journées de calcul pour la paye… Heureusement que ma quinzaine de congés approche ! (*)

Alors, quand venait le grand jour du départ, toute la famille se rendait à la gare Saint Paul, sans doute pour le train de 16 h 45 :

Le train de Paray s’arrêtait à toutes les gares de la vallée d’Azergues, peut-être même en inventait-il ; cela faisait que le trajet durait trois bonnes heures. (*)

On dit que mon grand-père emportait son harmonium pour faire chanter ses frères et sœurs. Je me suis toujours demandé comment il pouvait emporter un instrument plus volumineux qu’un piano.

J’ai vu un appareil (au Sri lanka !) qui doit, à mon avis, correspondre à l’harmonium en question.

(*) In « la Bourdonnière » Antoine Dury Imprimerie des Monts du Lyonnais 1986

Notice historique sur Curbigny (dernière partie)

Bureau de charité et ses revenus
Le Bureau de bienfaisance de Curbigny fut établi légalement le 19 janvier 1817 pour la distribution des ressources crées par la charité en faveur des pauvres. Ce Bureau se compose de cinq membres dont le maire et le curé sont membres de droit. Les bienfaiteurs qui ont légué des fonds à cette fin sont :

  • Monsieur Claude Comte curé (…) Il légua aux pauvres de Curbigny un capital de 1200 francs. Il fonda en même temps un lit à l’hôpital de Charolles pour les malades indigents de Curbigny et de Plessy.
  • Monsieur Jacques Charvet curé de Curbigny (…)
  • Monsieur Louis rené Boucher, jardinier de Drée pendant 17 ans, décédé à Changy, département de la Loire, d’une chute de voiture [le 4 août 1836]. En son testament du 17 juin 1836, il légua un capital de 1400 francs. Monsieur Boucher, célibataire sans parents connus, n’avait rien d’abord. Mais par son travail et son économie, il avait acquis de ses gages de jardinier quelques épargnes. Malheureusement, l’esprit d’intérêt le porta à les grossir en les prêtant à usure. Frappé à mort par sa chute de voiture, il rentra en lui même et, désireux de mourir en bon chrétien, il voulut réparer ses torts. Il remboursa à tous ses créanciers ce qu’il avait illégitimement perçu d’eux et le reste il voulut le donner à la commune de Curbigny où il avait vécu 17 ans et qu’il aimait, bien qu’il en fut sorti depuis plusieurs années. En donnant ses 1400 francs au Bureau de bienfaisance, il se réserva une grande messe chaque année et à perpétuité pour le repos de son âme. Cette messe se paye 3 francs par ledit Bureau. (…)

Ecole chrétienne

En 1855,  mademoiselle Alix de Tournon ouvrit à ses frais une école pour l’instruction des enfants de la paroisse et confia cette école aux Sœurs de la Sainte Enfance de Chauffailles, en fournissant le local. Mademoiselle de Tournon voulut encore ajouter à sa bonne œuvre une somme annuelle de 300 francs . Enfin, elle compléta le tout par un dépôt de linge, draps, chemises à prêter aux malades indigents. En créant cet établissement, mademoiselle de Tournon s’en réserva la propriété.

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L’œuvre de mademoiselle de Tournon en 1972

 

Autres articles : château de la Bazole et ses propriétaires, château de la Clayettte et ses propriétaires, notaires à Curbigny

« Fin de ce livre 1869, Lespinasse curé scripsit »