Gilets noirs

 

C’est la grève !

Voilà, monsieur le délégué du conseil d’administration de la société des mines de la Chapelle sous Dun, ce qui arrive quand on pousse trop loin le bouchon !

Les classes laborieuses, soupire l’ingénieur Menu ! Des gens de rien (ou des sans dents, on n’est pas sûr des mots prononcés en grimaçant), qu’est-ce qu’ils vont encore exiger ?

Il s’adresse au juge de paix de la Clayette pour qu’il engage une procédure de conciliation, histoire de calmer la révolte (avec des promesses qu’on ne tiendra pas, hin hin…)

— Mais bien sûr, mon cher. La loi du 27 décembre 1892 en ses articles 5, 6, 10 et 12 va nous permettre de proposer une entrevue avec ces…   « grévistes. »  Excellent stratagème !

mine de la Chapelle2

6 avril 1899, à 13h,  le juge de paix, les ingénieurs de la mine et 5 mineurs se retrouvent à la mairie de la Chapelle sous Dun :

— D’abord, on veut la réintégration des deux machinistes renvoyés de leur travail. Aucun tort ne leur est imputable… (l’ingénieur bredouille quelque chose) Non, non ! Ils n’ont pas commis de violation du règlement, comme vous dîtes, et on ne demande pas la clémence du conseil d’administration ! (l’ingénieur va réfléchir.)

— Ensuite, on demande la suppression de la perte d’un quart de journée tous les deux jours pour tous les ouvriers, sans exception.
— J’ai déjà accepté cette revendication et j’ai remplacé les quarts de journée par un chômage de 3 jours par mois (N’étant pas mineur, je me demande quand même si ce n’est pas un tour de bonneteau)

Un blanc, puis on passe à la suite :

— Pour les chauffeurs, 3 francs pour 8 heures ou 4 pour 12 heures et surtout, aucune obligation de faire autre chose que le chauffage.

Visage fermé de monsieur Menu qui ne peut vraiment pas accepter une telle demande, ça coûte déjà un pognon de dingue, cette mine !

La pression monte…

— Des ouvriers qui travaillent aux barrage de feux deviennent malades par l’étouffe. On les fait remonter mais ils ne touchent pas leur journée entière. C’est une injustice, ils doivent toucher leur journée !
— On est d’accord… Encore faut-il qu’ils soient reconnus comme malades, grince monsieur l’ingénieur… (Qui en décide ? devine Bébert !)

— Il faut supprimer les amendes.
— Non ! les amendes sont infligées à la suite de fautes graves. (Qui décide de la gravité des fautes ? devine Bébert !)

— Les machinistes ne devront plus s’occuper d’autre chose que de leur machine, et pas du travail du dehors.
— Cette question n’a pas de raison d’être ! (ah, je vous dis, monsieur le juge de paix, ces gens !…)

— On veut des journées à 3 francs et 75 centimes
— Inacceptable !

— Bon… ben on continue !
— Vous devez accepter un arbitrage…
— On refuse. Nos demandes ne sont pas susceptibles d’être arbitrées.

— Qu’en dites-vous, monsieur l’ingénieur ?
— Je n’ai rien à ajouter.

Il est trois heures de l’après-midi.

— A part ça, vous êtes content des travaux d’aménagement de votre demeure ?

 

A cette époque, la mine emploie jusqu’à 400 personnes et produit plus de 50 000 tonnes de charbon (in La Clayette et son canton – Franck Nadel)
Compléments : La mémoire des mines de la Chapelle sous Dun